La liste Euro-Palestine contre une Palestinienne

Suite à la constitution de la très anti-israélienne liste Euro-Palestine en lice pour les élections européennes de juin 2004, Leïla Shahid a publié un appel à ses initiateurs pour qu’ils se retirent et qu’ils reportent leurs voix sur les candidats de leur choix qui défendent le droit en Palestine et en Israël. Leïla Shahid regrettait que la cause palestinienne soit prise en otage par une initiative groupusculaire risquant de diviser et d’affaiblir la solidarité avec la Palestine. Cet appel au bon sens provoqua la grogne des franges les plus extrémistes de la cause palestinienne. Ils accusent pêle-mêle Leïla Shahid de ne pas défendre les intérêts du peuple palestinien, tâche pour laquelle -ils précisent avec indélicatesse- elle est précisément payée; de ne pas soutenir les initiatives des associations de soutien à la Palestine; d’être docilement assise et souriante dans les tribunes d’un stade de football aux côtés de l’ambassadeur d’Israël et de tout le gratin sharonien français… En clair, ils l’accusent tout simplement de trahir la cause qu’elle défend depuis des années. En s’attaquant virulemment à Leïla Shahid, ces activistes pro-palestiniens ne pensent pas être inconséquents. Au contraire, ils se considèrent comme très courageux. Leur intransigeance leur permet de regarder au-delà des apparences trompeuses pour comprendre mieux que tout le monde, et surtout Leïla Shahid, ce qui se joue en profondeur dans le conflit israélo-palestinien. Selon ces extrémistes, le Hamas, et les Brigades des Martyrs d’Al-Aqsa ne représentent pas la véritable menace. Le vrai danger vient d’Israël, du sionisme et des Palestiniens comme Leïla Shahid qui n’ont pas encore compris cette évidence. Ce qui entraîne ainsi l’association Nanterre-Palestine à considérer l’attitude de Leïla Shahid comme une orientation visant à effacer la nature raciste et la responsabilité fondamentale de l’Etat sioniste d’Israël dans l’oppression du peuple palestinien! Toutes les réactions dénonçant la «trahison» de Leïla Shahid tournent toutes autour du même thème : l’illégitimité d’Israël et l’idée que le sionisme n’est pas un projet d’émancipation collective du peuple juif mais bien une idéologie raciste. Israël correspond donc à l’Afrique du Sud de l’apartheid. Pour les plus extrémistes, la situation est bien pire. L’analogie avec l’apartheid suggère alors une image plus sinistre : le nazisme. Commentant la déclaration de Leïla Shahid, une électrice de la liste Euro-Palestine précise que la seule chose qui rassemble les partisans de cette initiative, c’est le besoin urgent de faire connaître un génocide dont aucun ne parle, soit par complicité, soit par lâcheté parce que ce n’est pas un thème porteur. Tant qu’elle se borne à plaquer sur le conflit israélo-palestinien ces schémas manichéens et ignobles, cette mouvance radicale du soutien à la cause palestinienne est condamnée à s’aliéner les militants sincères de la réconciliation entre Israéliens et Palestiniens, dont Leïla Shahid fait partie, et à passer à côté de la réalité de conflit décrite à juste titre par le romancier israélien Amos Oz comme une tragédie, c’est-à-dire, un conflit entre deux causes aussi justes l’une que l’autre, un conflit entre deux revendications, l’une puissante, très profonde, très convaincante, et l’autre, très différente, mais non moins convaincante, puissante et humaine.

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