La laïcité, rempart contre les intégrismes

La complaisance de certaines associations antiracistes à l’égard des actes et des paroles antisémites de jeunes d’origine maghrébine ainsi que leur présence aux côtés d’organisations islamistes pour dénoncer virulemment la loi contre les signes religieux dans les écoles, ont amèrement surpris de nombreux militants.
D’aucuns n’ont pas hésité à exprimer haut et fort leur malaise face à ces dérives. Ainsi, des citoyens et des citoyennes de culture musulmane ont publié le Manifeste des Libertés dans lequel on peut lire : Nous dénonçons, avec la plus grande vigueur, les déclarations et actes de misogynie, d’homophobie et d’antisémitisme dont nous sommes témoins, depuis un certain temps ici en France, et qui se revendiquent de l’islam. Nous voyons se manifester, là, une trilogie caractéristique de l’islamisme politique qui sévit depuis longtemps dans plusieurs de nos pays d’origine, contre lequel nous avons lutté et sommes résolus à lutter encore.
L’attitude d’une partie de la gauche est-elle à l’origine de cette situation d’incompréhension quant aux valeurs à défendre? Selon Tewfik Allal, syndicaliste et principal initiateur du Manifeste des Libertés, il faut remettre en cause le discours de la gauche fondé sur la victimisation car, en empruntant cette voie, de nombreux citoyens sont restés privés de la parole politique. Les islamistes sont arrivés et ont pu remplir ce désert. Cette complaisance à l’égard de ces phénomènes inquiétants est également fermement dénoncée par SOS Racisme. Pour Nasser Ramdane, vice-président de cette organisation créée il y a 20 ans, il n’y a pas d’excuse à l’antisémitisme. Laisser les jeunes générations des quartiers difficiles emprunter cette voie haineuse, consiste à les mener tout droit dans un piège, parce qu’il n’y a aucune émancipation possible dans l’antisémitisme. De la même manière, il est étrange de constater qu’aujourd’hui, des organisations de défense des droits de l’Homme ou de lutte contre le racisme trouvent dans la question du port du voile islamique à l’école, considérée comme une enceinte sanctuarisée par rapport aux religions, un nouvelle lutte pour un public qui serait opprimé.
On s’aperçoit que de nombreux militants antiracistes exhortent les responsables politiques, et plus particulièrement ceux de la gauche, à retrouver le chemin de la laïcité. Certains crient même leur colère en exigeant que leurs dirigeants soutiennent activement une association comme Ni putes, ni soumises. Ce mouvement mixte, dénonçant la condition de vie difficile des filles et des femmes victimes de la loi de la cité de banlieue, fonde d’ailleurs son action sur la laïcité depuis sa création en 2003. C’est une condition nécessaire; la laïcité est l’oxygène qui permet à chacun d’entre nous de vivre selon ses convictions sans jamais verser dans l’obscurantisme, l’intolérance et le refus de l’autre, explique Mohammed Abdi, le secrétaire général. D’ailleurs, la laïcité reste la cible privilégiée des islamistes, insiste Nasser Ramdane.
Il n’est pas surprenant de voir SOS Racisme et Ni putes, ni soumises ainsi que de nombreux signataires du Manifeste des Libertés adhérer au collectif français Deux peuples, deux Etats soutenant le Pacte de Genève et la Voix des Peuples d’Ayalon et Nusseibeh. Selon Mohammed Abdi, beaucoup de groupes islamistes ont instrumenté le conflit israélo-palestinien en déformant la réalité et sans jamais avoir une quelconque pensée pour la paix entre les deux peuples. «Ni putes, ni soumises» a adhéré à ce collectif, car nous le considérons comme un excellent vecteur pour expliquer les choses, briser les tabous que sont Israël et le sionisme dans les quartiers, et construire quelque chose de meilleur pour les deux peuples.

Conférence-débat exceptionelle le mardi 9 novembre à 20h30 au Cclj. Infos : 02/543.02.70

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