Lorsqu’on évoque aujourd’hui la paix entre Israéliens et Palestiniens, on ne peut s’empêcher, à juste titre d’ailleurs, de penser au Pacte de Genève de Yossi Beilin et Yasser Abed Rabbo ainsi qu’à la «Voix des peuples» d’Ami Ayalon et Sari Nusseibeh. Ces initiatives sont présentées comme des modèles de résolution du conflit et elles ont surtout le mérite de montrer que des partenaires sérieux existent du côté palestinien. Toutefois, elles ont peut-être fait de l’ombre à d’autres projets moins médiatisés et tout aussi courageux et indispensables.
Parmi ceux-ci, on peut citer l’Organisation scientifique israélo-palestinienne (Israeli-Palestinian Science Organisation) IPSO, codirigée par Dan Bitan, historien et responsable de Shalom Archav/La Paix maintenant à Jérusalem et par Hassan Dweik, chimiste et Président intérimaire de l’Université Al-Qods de Jérusalem-Est. Cette organisation a mis au point un programme de coopération pour l’éducation scientifique dont l’objectif est d’une part, d’assurer la diffusion des sciences en Palestine par la création à l’Université Al-Qods d’un centre d’éducation scientifique, et d’autre part, en dépit de l’intensification de la violence et de l’escalade dans le conflit, de préparer les jeunes générations à la paix en engageant une coopération israélo-palestinienne dans l’éducation et l’accès aux disciplines scientifiques. Cela se traduit concrètement par la création de laboratoires scientifiques pour compléter la formation de nombreux lycéens palestiniens, la mise en place de séminaires de formation d’enseignants, la rédaction de manuels scolaires scientifiques et la création d’un musée national palestinien des sciences.
Si ce projet bénéficie du soutien des institutions européennes et de fondations américaines et israéliennes, il ne fait pas l’unanimité auprès des Palestiniens. En fait, deux conceptions s’affrontent. Pour les uns, on ne peut envisager la moindre coopération avec les Israéliens tant que l’occupation se poursuit. Une telle coopération revient à normaliser l’occupation. Pour les autres, le choix stratégique de la négociation fait par l’Autorité palestinienne et l’état désastreux de l’éducation en Palestine doivent conduire les scientifiques palestiniens à coopérer avec leurs collègues israéliens. On ne peut pas rester tranquillement les bras croisés à attendre la fin de l’occupation pour se soucier de l’éducation. Il y va de l’avenir des Palestiniens, dont 30 % ont moins de 18 ans, insiste Hassan Dweik. En revanche, les réserves à l’égard de cette coopération s’effacent lorsqu’on discute avec de nombreux enseignants palestiniens, précise-t-til encore.
Sans nier l’occupation de la Cisjordanie et de Gaza par Israël, on s’aperçoit rapidement que ce projet de coopération scientifique répond au bon sens. La proximité géographique et l’expertise israélienne en matière scientifique constituent des atouts précieux qu’on ne peut ignorer, surtout lorsqu’elle est susceptible de favoriser le dialogue et le partenariat en faveur de la paix. Enfin, l’existence de ce type de coopération apporte la preuve que les initiatives de boycott des universités israéliennes sont absurdes et doublement injustes. En effet, le projet développé par IPSO bénéficie du concours actif de l’Université de Tel-Aviv, l’Université hébraïque de Jérusalem et l’Institut Weizmann figurant tous sur la liste d’institutions universitaires à boycotter!