Quand les rabbins et les imams s’en mêlent

En janvier 2005, le premier congrès mondial des imams et des rabbins pour la paix s’est tenu à Bruxelles. Ce congrès vise à créer un dialogue et un partenariat durable entre l’islam et le judaïsme. Ce dialogue est indispensable. Le programme est plus ambitieux car il doit permettre aux 150 rabbins et imams d’exprimer une position de paix et d’unité. Dans la déclaration finale rédigée à l’issue du congrès, ils font appel à tous pour combattre la haine, l’ignorance, (…) et appellent les dirigeants politiques de tous les peuples à travailler à des solutions de paix justes et durables partout sur la planète, et en particulier en Terre sainte…
Bien qu’on se réjouisse d’une telle initiative, ces motions pétries de bons sentiments semblent sonner creux. En effet, avant d’exhorter les responsables politiques à élaborer des solutions de paix, les rabbins et les imams doivent s’interroger sur la présence encombrante de la violence et de la haine dans le monde religieux. Sans cet exercice préalable, ils sont condamnés à formuler des voeux pieux. Depuis que des mouvements politiques luttent en Israël pour une solution de paix négociée entre Israéliens et Palestiniens, les autorités religieuses ne se sont pas manifestées pour les soutenir, ni pour les encourager à persévérer. Certains ont consacré beaucoup d’énergie à condamner violemment les Israéliens prêts à faire les compromis difficiles pour aboutir à la paix. D’autres se sont tenus à l’écart de ces questions en gardant le silence. Silence lourd de conséquences face aux insultes proférées par des rabbins extrémistes à l’égard des militants de la paix. Ces derniers n’oublieront jamais les menaces et les appels aux meurtres prononcés publiquement par des rabbins lors des manifestations organisées pendant les mois précédant l’assassinat d’Yitzhak Rabin.
Non seulement, ils n’ont pas condamné ces dérives inacceptables mais après cet assassinat, ils n’ont pas entamé l’examen de conscience qui s’imposait. Chez certains, le discours de la haine et de l’insulte est même devenu la norme. Il suffit de se pencher sur les nombreuses déclarations du chef spirituel du Shass, le rabbin Ovadia Yossef, pour mesurer l’ampleur du phénomène. Il n’a pas hésité décrire Yossi Sarid, ancien ministre Meretz et négociateur à Taba en 2001, comme un scélérat qui devait être éliminé du monde, et comme le scélérat Aman [livre d’Esther], il devait être pendu à un arbre. Quant aux Arabes, il les appelle des serpents. Il y a quelques semaines, Ovadia Yossef s’est surpassé en condamnant virulemment le plan de désengagement lorsqu’il a souhaité que le Saint-béni-soit-Il porte au Premier ministre un coup, qu’il meure et ne se relève pas. Ne s’agit-il pas d’une incitation au meurtre en bonne et due forme? Pire, la multiplication des appels au meurtre du Premier ministre préoccupent sérieusement les services de sécurité israéliens. Où sont-elles les condamnations fermes des Rabbins pour la paix? En tous cas, elles tardent à se manifester.
Les imams présents à ce congrès n’échappent pas aux mêmes critiques. Certains courants extrémistes comme les Frères musulmans ont même réussi à y faire participer un prédicateur belge, Yacob Mahi, véhiculant leur idéologie. On peut faire preuve d’imagination mais on voit mal comment ce prédicateur peut accepter la lettre et le principe de ce congrès alors qu’il ne cesse d’affirmer que le lobby sioniste tue et perpétue les atrocités fascistes sur les Palestiniens mais aussi que les liens des Sharon, Netanyahou et Clinton avec certaines idées d’Hitler sont notoires.

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