Avec la publication de Noires fureurs, blancs menteurs. Rwanda 1990-1994, Pierre Péan remet en cause le génocide des Tutsi de 1994 en affirmant que le véritable auteur de la tragédie rwandaise serait Paul Kagamé, leader de FPR (Front patriotique rwandais) et Président actuel du Rwanda. Souhaitant restaurer la domination des Tutsi au Rwanda, Kagamé et ses troupes basées en Ouganda auraient sacrifié en toute connaissance de cause leurs frères tutsi de l’intérieur en assassinant le 6 avril 1994 le Président rwandais hutu de l’époque, Juvénal Habyarimana. Cet assassinat est considéré comme l’étincelle qui a mis le feu à la poudrière génocidaire. Génocide qui lui permettrait d’intervenir légitimement pour reconquérir le pouvoir par la force, et surtout de commettre à son tour un génocide d’une ampleur plus importante : celui des Hutu!
Cette thèse négationniste ne présente en fait rien de neuf. Il s’agit de mettre en accusation les victimes du génocide et, de manière plus sophistiquée, de faire porter la responsabilité du déclenchement du génocide des Tutsi sur leurs dirigeants politiques. Pour bien brouiller les esprits, Pierre Péan réactive la thèse bien connue du double génocide selon laquelle les préjugés ethniques seraient à l’origine de massacres croisés et aggravés par la guerre entre le FPR et les forces armées présidentielles. Dans ce contexte, le caractère génocidaire des massacres des Tutsi est effacé. Pour affirmer de tels propos, Pierre Péan ferme les yeux sur le conditionnement des esprits au génocide élaboré par les extrémistes hutu proches du pouvoir en place pendant les mois et les années précédant l’assassinat de Habyarimana. Ce réquisitoire adressé à Paul Kagamé se transforme rapidement en apologie à la gloire de François Mitterrand et la ligne politique trouble qu’il a adoptée pendant cette crise. Alimenté par les archives personnelles de Jean-Christophe Mitterrand, dont la moralité et l’honnêteté laissent plus que perplexes, Pierre Péan exonère complètement la responsabilité de la France dans son soutien et sa coopération au régime génocidaire de Habyarimana.
En revanche, l’originalité du propos de Pierre Péan réside dans l’explication conspirationniste qu’il donne au succès de ce qu’il considère comme la thèse mensongère du génocide des Tutsi : Kagamé aurait mis en place un puissant lobby menant une campagne de désinformation censée diffuser la version fausse du FPR dans le monde. Si cette version s’est imposée aux institutions belges, c’est à cause de Jean Gol! En effet, le plus beau coup des militants FPR de Bruxelles, a été d’amener Jean Gol, Président du Parti libéral, à soutenir leur cause avec vigueur, entraînant également divers milieux qui gravitaient autour de lui : les libéraux francophones, les francs-maçons, l’Université libre de Bruxelles et les membres du Centre communautaire laïc juif, insiste Péan. L’anticléricalisme et l’engagement en faveur d’Israël et de la cause sioniste de Jean Gol expliquent en grande partie son soutien aux Tutsi. Et comme le ridicule ne tue pas, Pierre Péan n’hésite pas à affirmer que Jean Gol et les libéraux ont exploité la tragédie rwandaise pour revenir au pouvoir. Mais alors, si on suit la grille de lecture de Péan, le complot judéo-maçonnique aurait également monté de toute pièce la crise de la dioxine en 1999.