A l’instar du Vlaams Belang, l’extrême droite européenne concentre sa haine sur les populations arabes et musulmanes. Par le passé, elle avait tendance à les présenter comme des profiteuses de l’Etat providence. Aujourd’hui, elle dépeint tous les musulmans sous les traits d’intégristes menaçant nos démocraties. Loin de dénoncer les dérives réelles de certains musulmans ou de mettre le doigt sur des valeurs et des pratiques incompatibles avec la démocratie, l’extrême droite se borne à essentialiser les Arabes et les musulmans : tous des intégristes. La xénophobie et le racisme l’empêchent de voir que dans le monde arabo- musulman, l’aspiration aux valeurs universelles des Lumières est partagée par des femmes et des hommes qui militent activement contre les islamistes. Si l’extrême droite n’a jamais exprimé sa solidarité à ces démocrates arabes et musulmans, cela s’explique évidemment par l’hostilité qu’elle nourrit à l’égard des valeurs humanistes des Lumières et de la modernité. N’oublions pas qu’elle est née et s’est développée en s’opposant virulemment à la démocratie et à l’égalité entre les citoyens.
Ce refus de la modernité politique s’est également traduit par l’antisémitisme. Même après la Shoa, l’extrême droite européenne n’a pas rejeté ses fondements antisémites. C’est bien dans ses rangs que le négationnisme a fait son apparition. Aujourd’hui, l’extrême droite a plutôt tendance à ne plus agiter la menace juive. Aurait-elle enfin abandonné cet antisémitisme auquel elle a tant contribué? Non. Elle l’a rangé au placard temporairement mais ne s’en est pas débarrassé définitivement. A l’instar de l’homme fort du Vlaams Belang, Filip Dewinter, ils cherchent en fait à exploiter très cyniquement la détresse des Juifs face à l’antisémitisme qui s’est exprimé au sein d’une partie de la population arabo-musulmane et de la complaisance de nombreux démocrates face à ce phénomène. Pour mieux distiller leur haine des Arabes, certains intellectuels proches de l’extrême droite ont utilisé le même procédé. Si l’on se penche un instant sur leur prose, on remarque qu’ils projettent sur les Juifs et Israël des fantasmes insupportables : les Juifs seraient attachés à un Etat formant l’avant-poste de la forteresse occidentale et chrétienne menacée par des hordes musulmanes. Pour certains, c’est même pire car Israël leur évoque le passé colonial qu’ils regrettent tant. Leur fascination malsaine pour l’armée israélienne en est un bel exemple. Il est intéressant de constater que cette vision fantasmée ressemble à s’y méprendre à celle de l’extrême gauche antisioniste où Israël ne serait qu’une entité raciste, coloniale et illégitime soutenue inconditionnellement par les Juifs de Diaspora.
Si l’influence de l’extrême droite et de l’extrême gauche se fait sentir au-delà de leurs cercles respectifs, les Juifs ne doivent pas pour autant désespérer. Il existe non pas une niche étroite, mais un véritable espace de fraternité où ils peuvent se retrouver avec des chrétiens et des musulmans, qu’ils soient croyants ou athées, partageant le même attachement à la démocratie, aux droits de l’Homme et à la laïcité. Dans cet espace, on ne s’enferme ni dans l’essentialisation de l’autre, ni dans une lecture victimaire des rapports entre l’Orient et l’Occident. On débat et on discute d’égal à égal.