Jérusalem est-elle encore la capitale de l’Etat d’Israël? Cette ville a-t-elle encore d’autres significations que la coercition religieuse, l’intolérance et la haine à l’égard de ceux qui ne se soumettent pas à l’application stricte des commandements divins? Les refus des Juifs orthodoxes de respecter les principes les plus élémentaires d’un Etat de droit doivent amener les démocrates à s’interroger sur l’application réelle de la loi israélienne dans la capitale de l’Etat. L’annulation de la Gay Pride à Jérusalem et les réactions extrêmement violentes que la programmation de ce défilé festif et pacifique ont suscitées au sein de la population juive orthodoxe n’incitent guère à répondre favorablement à ces questions.
Depuis plusieurs années, les homosexuels organisent sans problème la Gay Pride à Tel-Aviv. Cette année, à l’initiative d’une association de Jérusalem, cette manifestation devait se tenir dans la capitale. Pour la population religieuse, il était hors de question que des homosexuels défilent dans les rues d’une ville sainte. De plus, les dirigeants religieux musulmans ont également exprimé leur refus catégorique de laisser entrer le défilé de la Gay Pride dans la vieille ville et les autres quartiers arabes périphériques. Bien que les organisateurs de la Gay Pride aient accepté de modifier le parcours du défilé en le réduisant et en l’éloignant considérablement des quartiers les plus sensibles, les rabbins se sont bornés à réclamer l’annulation de ce rassemblement de sodomites qui profanera la sainteté de Jérusalem. Lorsque les homosexuels ne sont pas désignés comme des sodomites, ils sont alors présentés comme des animaux monstrueux, voire des créatures diaboliques. Ces propos insultants scandés par des milliers de manifestants religieux depuis des semaines ont largement contribué à radicaliser la population ultra orthodoxe de Jérusalem : des voitures et des bus ont été brûlés, des individus ont été agressés physiquement et des policiers ont été blessés lors des manifestations dénonçant la Gay Pride. Une responsabilité écrasante incombe aux autorités rabbiniques ayant sans cesse jeté de l’huile sur le feu en incitant leurs ouailles à s’exprimer par la violence verbale et physique. Des assemblées de rabbins ont même prononcé la malédiction kabbalistique Pulsa Denoura, s’apparentant à un véritable appel au meurtre, contre les organisateurs de la Gay Pride et les policiers. Cette tension illustre la violence avec laquelle s’exprime l’homophobie dans le monde religieux juif. Cette haine est même devenue le fondement solide d’une alliance explosive entre islamistes palestiniens et extrémistes juifs du mouvement des colons!
Ces réactions violentes ne doivent pas interpeller que les homosexuels. Elles doivent susciter l’indignation de tous les démocrates attachés aux droits de l’Homme et à la laïcité. Les rabbins ne peuvent faire valoir leur point de vue en insultant et en menaçant physiquement des hommes et des femmes ayant une orientation sexuelle différente. Tout comme ils ne peuvent contraindre par la violence l’Etat à se plier à des exigences contraires aux droits de l’Homme. En cédant, les autorités ont non seulement permis aux rabbins les plus extrémistes d’imposer leurs normes religieuses à l’ensemble de la population au détriment de la loi des hommes, mais elles ont également remis en cause les valeurs démocratiques et émancipatrices du sionisme et de l’Etat d’Israël.