Joël Ubu, roi des Juifs ?

Les électeurs n’ont pas réussi à choisir à la majorité des deux tiers le candidat pour assurer la présidence du Comité de coordination des organisations juives de Belgique (CCOJB). Cette situation n’a rien d’exceptionnel en soi; de nombreuses organisations ont déjà été confrontées à cette difficulté. Ce qui est nouveau, c’est la couverture journalistique de cette élection communautaire juive par une gazette sulfureuse et outrancière : Père Ubu. Ce dernier s’est emparé de cette élection non seulement pour insulter deux des trois candidats à la présidence -Norbert Cigé et Henri Gutman- mais aussi pour salir des personnalités communautaires comme David Susskind et Philippe Markiewicz. En revanche, le troisième candidat, Joël Rubinfeld, est encensé et présenté comme le président idéal dans cette série d’articles rédigés très courageusement sous des pseudonymes.
Quel effet cela fait d’être soutenu par un journal dans lequel un prêtre exorciste et charlatan, le Père Samuel, déverse sa haine de l’islam et des musulmans ? Est-ce qu’on tire une satisfaction particulière d’être porté par un journal qui décrit avec démagogie le monde politique comme un espace du « tous pourris » ? Et s’il est élu, utilisera-t-il cette feuille comme instrument de communication de la communauté juive organisée ? Telles sont les questions que tout honnête homme poserait à Joël Rubinfeld.
Lorsqu’il a défendu sa candidature dans la presse juive, Joël Rubinfeld a lourdement agité l’épouvantail de l’antisémitisme et d’une lutte active et musclée qu’il entend mener contre ce phénomène. Pense t-il sérieusement qu’il va entreprendre cette noble tâche en s’appuyant sur un journal qui préconise la force, lorsqu’il est question des Palestiniens et des Arabes, et qui confie à un prêtre condamné pour racisme la rubrique consacrée à l’islam ? Des exemples de ce type existent ailleurs et leurs conséquences sont désastreuses. Ainsi, des nostalgiques ultra de l’Algérie française aiment Israël surtout lorsque ce dernier réprime les Palestiniens. Les chrétiens fondamentalistes américains soutiennent les colons de Cisjordanie les plus extrémistes afin de hâter le retour du Christ. Ces deux exemples suffisent pour comprendre que les motivations de ces groupes trouvent leurs fondements dans des idéologies racistes et messianiques. S’ils haïssent les Arabes et les musulmans, cela ne signifie pas pour autant qu’ils aiment les Juifs et les Israéliens. Ils projètent seulement sur ceux-ci leurs fantasmes et leurs frustrations. C’est tout sauf de l’amour. Bien au contraire, ils utilisent les Juifs et leurs détresses éventuelles pour exprimer leur haine des musulmans qu’ils essentialisent en ennemis de la civilisation.
La lutte contre l’antisémitisme est un combat que les Juifs doivent mener aux côtés des forces démocratiques et du monde associatif. Si des points de friction concernant le conflit israélo-palestinien apparaissent entre ces mouvements et les Juifs, c’est par la discussion et le débat qu’ils doivent les convaincre de la nécessité de ne pas négliger la lutte contre l’antisémitisme. C’est vrai, c’est difficile, et cela prend plus de temps que de fanfaronner sur une radio juive ou que d’alimenter en ragots Père Ubu. Mais c’est tellement plus efficace et plus honorable.

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