A l’Ouest, rien de nouveau

J’ai beau être modéré (je suis partisan d’un Etat palestinien avec Jérusalem-Est comme capitale), je n’en suis pas moins outré par l’attitude partisane des médias de notre pays. A chaque conflit, c’est la même resucée, le même western binaire qui est donné en pâture à nos concitoyens : celui d’un conflit opposant le Bien, l’innocence christique palestinienne, au Mal, entendez l’Ogre sioniste, tueur d’enfant. Aucune analyse qui permettrait de comprendre les enjeux (émergence d’un islam radical) et les paradoxes (quid de l’attitude du Fatah et des sunnites en général ?) d’un conflit autrement plus complexe que ne le voudraient ou supposent nos journalistes patentés. Aucun effort d’analyse, que de l’émotion qui ne vise qu’à démontrer l’indémontrable : entendez qu’il existe en ce bas monde un dernier Etat qui ne respecte décidément rien et ce, pour faire la guerre sans raison et s’attaquer prioritairement aux enfants.
L’historien que je suis ne peut manquer de convoquer à la fois l’imaginaire chrétien qui se nourrit, depuis près de 2000 ans, du mythe du Juif infanticide -du massacre des enfants innocents d’Hérode à l’accusation de crime rituel-, et l’insupportable rapport de nos sociétés à la Shoah. Non, la Shoah ne protège pas Israël des critiques, que du contraire. Elle les pousse au paroxysme de l’absurde. Comment comprendre sinon cette sorte de joie honteuse (schadefreude), ô combien déculpabilisante, à tout faire pour présenter les Israéliens comme des ersatz de nazis. Une manière commode de se réconcilier avec un passé qui ne se passe pas. Trouvez un seul autre conflit où l’on dénombre systématiquement le nombre d’enfants tués comme s’il s’agissait du fond de la question. Combien d’enfants darfouri tués sur les 200.000 victimes ? Combien d’enfants tchétchènes, géorgiens, tamouls, congolais ? Aucun puisqu’on n’en parle jamais. Tous ces conflits sont pourtant autrement plus meurtriers. Cette mise en avant des victimes civiles permet d’évacuer les vraies questions : l’effroyable dilemme des sociétés démocratiques face au terrorisme, la véritable nature du Hamas (un mouvement totalitaire qui récrée la mythique Oumma contre Israël et la Palestine), le paradoxe qui veut que chaque retrait de territoire d’Israël se transforme aussitôt en désastre (mise en place de régimes islamistes totalitaires), le silence du monde arabe sunnite, le calme de Ramallah, etc.
Reste une autre question de fond : le manque de générosité et d’imagination du gouvernement israélien. Il est évident qu’Israël n’a pas fait assez vis-à-vis de l’Autorité palestinienne. Pour ma part, je rêve d’une évacuation, par la force s’il le faut, des colons juifs de Hébron, un premier geste avant un démantèlement systématique des principales colonies de Cisjordanie. L’Etat juif a démontré sa capacité à faire la guerre. Qu’il démontre aussi sa capacité à oser la paix, Cette tâche s’annonce urgente; le temps jouant inexorablement contre Israël.

]]>