Education toute

Ironie du sort, moins de 15 jours après la réception du titre de Mensch, ici même au CCLJ, notre ami Henri Kichka a été confronté à l’insupportable délire négationniste. Nul besoin de s’étendre longuement sur l’événement : les faits sont désormais connus : tandis qu’il témoignait devant une centaine d’élèves d’un Athénée bruxellois, un professeur de religion islamique s’est cru autorisé de qualifier le récit du porte-drapeau de l’Union des déportés juifs de Belgique de « largement exagéré ». Pour le malheur de cet enseignant, qui se défend aujourd’hui de tout négationnisme, ses propos on été filmés. Les délégués syndicaux de l’établissement qui ont visionné les cassettes sont formels : « L’auteur fait siennes les thèses négationnistes de Roger Garaudy » qui fut con-damné en 1998. Apparemment, l’affaire ne restera pas sans suites. Fait remarquable à souligner : un des hauts-responsables de l’Exécutif des Musulmans de Belgique a tenu à rappeler en quoi les enseignants devaient « s’inscrire dans le respect de la Constitution et des lois. Sans quoi, des sanctions tomberont ». Notons surtout la réaction du ministre de l’Enseignement francophone, Christian Dupont, qui a chargé le service juridique de la Communauté française de porter plainte et de se constituer partie civile. On ne peut que s’en féliciter et espérer contredire notre ami Michel Mahmourian, président du Comité des Arméniens de Belgique, qui nous rappelle le cas de cet autre professeur de religion islamique qui contesta le génocide des Arméniens lors d’une animation financée par la Communauté française. En dépit d’une enquête administrative, cet enseignant continue d’exercer. Si personnellement l’idée de sanction ne me choque guère -le négationnisme est une forme de racisme-, l’exercice de répression ne saurait se substituer à celui de prévention. L’éducation reste la meilleure arme pour lutter contre toutes les formes d’ignorance. C’est la raison pour laquelle, la deuxième journée Lemkin, du nom de l’inventeur du concept de génocide, sera centrée, en décembre prochain, sur la vaste question de l’éducation. Comment assurer, au sein de l’école, l’enseignement de matières aussi complexes que la Shoah et les génocides, le racisme et l’antisémitisme et ce, dans une perspective évidemment scientifique, humaniste et universaliste ?
Cette journée qui serait co-organisée, notamment, par le CEESAG/ULB et le Mémorial de la Shoah de Paris, dans le cadre du jubilé du CCLJ, devrait permettre d’aider à répondre aux multiples défis posés à l’école du 21e siècle. Si, non sans raison, les pédagogues tiennent l’enseignement sur/contre/après la Shoah comme le vecteur le plus puissant de la défense et de la transmission des valeurs démocratiques, d’aucuns seraient tentés aujourd’hui de contourner cet événement pour éviter tout risque d’incidents. Face à des publics supposés à tort réticents, la tentation de ne pas enseigner certaines matières, ici par conviction idéologique, là par facilité pédagogique, existe bien aujourd’hui au sein de l’Ecole. On songe à l’enseignement du génocide mais aussi du darwinisme, voire encore de l’art occidental (les représentations de nus). L’idée selon laquelle l’on pourrait passer outre ces matières paraît insensée. L’étude du judéocide reste à ce jour le meilleur outil pédagogique pour interroger tout à la fois le discours du racisme et de l’antisémitisme et la mise en place d’un Etat bureaucratique à prétention scientifique. Si l’on a décidé de donner, non sans mal (un demi-siècle !), une large place à la Shoah dans les établissements scolaires européens, c’est parce qu’on estime que son enseignement constitue à ce jour le meilleur rempart pour protéger une société démocratique contre… elle-même. Il s’agirait de ne pas l’oublier.

P.S. : Comment vous le dire autrement ? Vous ne devez absolument pas rater la conférence sur la mémoire juive polonaise du 12 mai au CCLJ. Elle s’annonce véritablement incontournable. Tandis que Jean-Yves Potel, assurément le meilleur spécialiste français de la judaïcité polonaise, nous parlera du noeud judéo-polonais, Françoise Milewski s’entretiendra sur votre yiddiskkeit, notre arbre de vie. Elle vous démontrera par a + b qu’il nous est encore possible de ressusciter le monde disparu.

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