Le port du voile est-il le résultat d’une contrainte ou d’un libre choix ? Mais est-ce vraiment la bonne question ? Quand bien même une majorité des femmes affirmeraient le porter en toute liberté, cela ne changerait rien au fait que cet usage pseudo-religieux plonge ses racines dans la propagande machiste de la religion… des religions. Les hommes, de tous temps, de tous horizons, de toutes religions ont voilé leurs femmes pour être avant tout des objets de désir permanent. C’est bien pour préserver la tranquillité de l’homme que la femme a été amenée, ici à se couvrir, là à se raser la tête, bref à cacher son corps. Comme l’affirme Leïla Babes, une brillante intellectuelle franco-algérienne qui se définit comme une musulmane laïque, l’instrument de pudeur qu’est le voile réduit la femme au rang de simple objet sexuel. Dénonçant l’argument du voile comme instrument d’émancipation, elle y discerne plutôt une subtile servitude volontaire. La liberté a ses côtés tragiques : il ne suffit pas d’en garantir le droit, encore faut-il que les individus la désirent. Les esclavagistes ont toujours eu à leur dévotion une minorité d’esclaves contents de leur sort. Est-ce une raison pour rétablir l’esclavage ? Que parmi les porteuses de voile, se trouve une minorité animée par la conviction, l’anticonformisme, voire par la coquetterie n’y change rien. Cela ne peut constituer une raison pour qu’il soit imposé aux autres. Et certainement pas au sein de l’école publique qui doit rester le lieu de transmission du savoir, par excellence, d’émancipation et de formation aux principes d’égalité.
Paradoxalement, il se trouve en Belgique des défenseurs du voile au nom de la liberté et de la lutte contre les discriminations. C’est ce paradoxe qui complique le débat actuel sur le voile au sein d’une classe politique tétanisée à l’idée de stigmatiser des populations déjà victimes de discriminations. Il est évident que la défense de la laïcité ne doit pas devenir un prétexte aux exclusions. Sans occulter les discriminations à l’égard des populations originaires du Maghreb, le voile reste un symbole d’oppression et son interdiction dans les écoles ne saurait constituer une mesure discriminatoire, fût-ce d’ordre religieux. Ce n’est pas la liberté religieuse qui est menacée, mais bien l’égalité des sexes. La véritable liberté est celle de l’égalité des chances entre tous, sans distinction de race, de religion et de sexe. La laïcité ne se limite pas à la seule séparation entre les confessions et la puissance publique, elle renvoie aussi à l’idée de neutralité à l’égard de toutes les opinions ou confessions. Interdire le voile revient à refuser tout ce qui peut diviser ou séparer les élèves sur la base de critères religieux, sexuels ou raciaux. Un esprit d’ouverture devra évidemment prévaloir. Battre en brèche les principes de la laïcité ne peut que favoriser les incompréhensions, encourager les communautarismes, créer les conditions du racisme. Le débat sur le port du voile à l’école révèle l’urgence d’une politique forte pour reconstruire des valeurs communes et refonder l’idéal laïque et démocratique.
Notre pays s’éloigne chaque jour du modèle de laïcité à la française pour se rapprocher de plus en plus du communautarisme à la mode anglo-saxonne. Et ce ne sont pas les Assises de l’Interculturalité qui me contrediront. Le choix des participants questionne. Pourquoi tant de représentants religieux ? S’agissant de la judaïcité belge, on peut s’interroger sur le choix d’un responsable de la Synagogue de Bruxelles, connu (et je m’excuse auprès de lui) pour ses réponses de Normand. Ne peut-on trouver d’autres représentants pour déterminer la manière d’organiser un Etat… laïque ?