L’EAUtre découverte : l’eau et l’autre

En matière d’eau, la commune d’Ixelles n’en est pas à son coup d’essai. Après deux campagnes « Eau Secours » proposées dans le cadre de la Semaine de solidarité internationale, elle lance « L’Eautre découverte » avec sept communes d’Europe, d’Afrique et du Moyen-Orient. Un concours de dessins clôturera l’événement le 30 mai 2010.

 

C’est dans la stricte continuité de ses projets antérieurs, dans le cadre de ses actions de sensibilisation au développement, que la commune d’Ixelles s’est adressée à la Commission européenne pour financer une nouvelle initiative liée à la problématique de l’eau. L’échevin ixellois Pierre Lardot, en charge de la Coopération internationale et des Jumelages, revient ainsi avec sa délégation d’un voyage de huit jours en Israël-Palestine. « Pour mettre en œuvre ce nouveau projet, mais aussi dans l’espoir d’un futur jumelage tripartite (lire notre encadré) » affirme-t-on à Ixelles. De quel projet s’agit-il ? « Nous avions déjà de nombreux partenaires au Sud avec lesquels nous avons développé des projets d’épuration d’eau, d’assainissement, de construction de latrines… Nous voulions donc poursuivre ces bonnes relations et créer une véritable synergie en travaillant avec huit communes, dont une majorité dans l’Union européenne, la Commission subsidiant le projet à 75% ».

Les partenaires choisis sont Biarritz, avec qui la commune est jumelée depuis 50 ans, Kalamu en République démocratique du Congo, jumelée depuis 2003, Zababdeh, également jumelée avec Ixelles depuis 2003 pour être la ville natale du Palestinien Naïm Kader (lequel a vécu à Ixelles et y sera assassiné en 1981), mais aussi Megiddo en Israël, Cascais au Portugal (jumelée avec Biarritz), Mizil en Roumanie (jumelée avec Cascais) et Zacharo en Grèce. Zacharo, parce que Ixelles s’était déjà investie dans la reconstruction de cette ville après les terribles incendies de  l’été 2007. Megiddo, parce qu’elle peut apporter ses connaissances en matière de gestion de l’eau.

Indispensable source de vie, l’eau reste une ressource limitée et mal partagée. Selon l’ONU, dans vingt ans, la moitié de la population mondiale sera affectée par des difficultés d’approvisionnement en eau potable, ce qui questionne les clivages Nord-Sud, la solidarité internationale et les rapports à « l’autre ».

C’est pour sensibiliser les jeunes et moins jeunes à ces problématiques que le projet de la commune d’Ixelles a été retenu par la Commission européenne. En sachant que « L’Eautre découverte » (« Discover Each Other Through Water ») comporte deux volets : le premier, pédagogique, est la réalisation avec les huit municipalités et les directeurs d’écoles d’une valise pédagogique sur le thème de l’eau, traduite dans toutes les langues des pays participants et à destination des élèves du primaire. « L’objectif est de créer un outil de sensibilisation des plus jeunes à la problématique de l’eau et aux inégalités d’accès entre les différentes régions du monde, grâce à la collaboration des enfants eux-mêmes qui enrichiront le contenu de leurs histoires, dessins, chansons, légendes locales, comptabilisation des points d’eau potable… » explique la coordinatrice du projet Olivia Szwarcburt, qui a déjà démarré le travail avec certaines classes et entend voir la valise distribuée en janvier 2011. « L’Eautre découverte » devenant un moyen de découvrir la vision de l’eau de l’autre, et l’autre par la même occasion.

 

L’eau : source d’inspiration

Développé avec les responsables culturels des différentes entités, le second volet du projet est artistique et non moins ambitieux : il s’agit d’un concours international de dessins où, pour la première fois, les artistes de huit villes de huit pays sont invités à exprimer leur vision de l’autre à travers le thème de l’eau. Art plastique (peinture, sculpture, architecture…), photo, vidéo, BD… aucune restriction si ce n’est le poids et la taille (les œuvres doivent être exportables). Débutants ou confirmés, professionnels ou amateurs, les participants âgés de minimum 15 ans peuvent également choisir leur support, s’inscrire individuellement ou en groupe et ont jusqu’au 30 mai 2010 pour remettre leur candidature en y joignant une photo de leur œuvre. « Le concours est dans un premier temps interne à chaque commune », souligne Olivia Szwarcburt. « A Ixelles, il est ouvert à toute personne ayant un lien avec la Région bruxelloise. Dans chaque ville, un jury déterminera les trois œuvres les plus représentatives en vue de prendre part à une exposition itinérante. Au total, ce sont donc 24 œuvres qui voyageront à travers le monde et seront exposées, tour à tour, dans chacune des villes, jusqu’au printemps 2011. L’inauguration se déroulera en octobre 2010 au Musée d’Ixelles, en présence des artistes ». Enfin, les trois meilleures œuvres seront primées par un jury international (5.000 Ä à répartir) et un catalogue reprenant les 24 œuvres sélectionnées sera distribué.

« Megiddo a décidé de rejoindre cette initiative pour encourager la création artistique de la région » précise Nechemia Lahav, responsable culturel de la municipalité, « parce que l’eau y constitue un thème d’éducation majeur et que le caractère international du projet lui donne beaucoup d’intérêt ». Il relève : « Israël rencontre un sérieux problème avec les ressources en eau. Dans les années 50, un projet national “The National Water Carrier” a été lancé pour apporter de l’eau du Lac de Galilée vers le centre et le sud du pays. Israël investit beaucoup dans les exploitations d’eau et le développement des technologies de désalinisation. Mais ces dernières années, une baisse alarmante du niveau du Lac a été constatée, en raison des faibles précipitations, notamment dues au réchauffement climatique. Je crois qu’un projet international peut permettre aux populations de mieux se connaître mais aussi de coopérer pour un monde meilleur ».

Un troisième volet, en cours d’élaboration, visera à la constitution d’un conseil consultatif de la coopération internationale, comme il en existe déjà dans certaines communes bruxelloises, pour rassembler les différents acteurs de la coopération basés à Ixelles.

En attendant, des dessins affluent déjà du monde entier. Entre le besoin d’eau pour laver sa voiture et celui d’aller chercher de l’eau à la rivière pour nourrir sa famille, tous se révèlent vitaux à leur manière. Illustrant de façon criante et combien nécessaire les trop grandes inégalités entre le Nord et le Sud.

 

En chiffres

          70% de la surface de la terre est couverte d’eau dont 97,5% d’eau salée

          Sur les 2,5% d’eau douce, seuls 0,26% sont directement disponibles pour la consommation humaine.

          En Belgique, chaque habitant consomme en moyenne 120 litres d’eau potable par jour (360 litres pour un Américain,
25 litres pour un Indien). 55% de l’eau potable disponible chez nous sont consommés par les ménages, le reste par les industries et l’agriculture.

          Pour info, produire 1kg de bœuf nécessite entre 16.000 et 30.000 litres d’eau.
Pour obtenir une feuille de papier A4, il faut utiliser 10.000 litres d’eau.

          L’eau du robinet revient 500 fois moins cher que l’eau en bouteille et ne nécessite pas la production d’une bouteille en plastique… qui demande elle aussi de l’eau.

 

Nouveau projet de jumelage tripartite

 

Des nombreuses propositions de jumelage tripartite lancées dès 2003 par les Amis belges de Shalom Archav, Katty Rojtman en tête, seul un projet réunissant des jeunes Belges (Ottignies), Français (Limeil-Brevannes, Val-de-Marne), Israéliens et Palestiniens débouchera finalement sur une rencontre, en France, à l’été 2006.

Le projet de jumelage voté par Bruxelles-Ville avec Tel-Aviv et Ramallah restera lettre morte. Quant à celui qui semblait se concrétiser entre l’école de Bornival (Nivelles), le Kibboutz israélien Gezer et un groupe d’enfants palestiniens, il se verra interrompre brutalement, « sans qu’on ne connaisse vraiment les raisons » regrette Katty Rojtman.

Hervé Doyen, bourgmestre de Jette, membre fondateur du « Comité pour la solidarité entre les communes belges et palestiniennes », s’était lui fait membre des Amis belges de Shalom Archav et avait, à l’instar de nombreuses communes bruxelloises, manifesté son intérêt « pour contribuer à une pacification des relations entre Israéliens et Palestiniens, et sensibiliser les Belges aux réalités de la problématique du Proche-Orient, en-dehors de toute propagande », comme l’envisageait à l’époque Selma Szwarcman, du comité jumelage des Amis belges. Mais du côté des intéressés, les actes ne suivront pas.

« Après avoir été contactée par Shalom Archav, la commune d’Ixelles, déjà jumelée à la ville palestinienne de Zababdeh, a envisagé un jumelage tripartite avec Megiddo en Israël. L’échevin en charge Pierre Lardot s’est d’ailleurs rendu sur place » rappelle Olivia Szwarcburt, de l’échevinat ixellois des Jumelages. « Mais plusieurs modalités restaient à définir et tout a finalement été suspendu. Nous avons décidé de relancer le projet il y a un an et demi, la situation étant aussi redevenue plus calme… ».

En même temps tombait l’accord de la Commission européenne pour le financement du projet « L’Eautre découverte ». « Un financement très utile et qui permet aux acteurs israélien et palestinien d’avoir moins de pressions que s’ils étaient seuls autour de la table » estime Olivia Szwarcburt. « Dans l’espoir que ce partenariat débouche à terme sur un véritable jumelage tripartite ».

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