Auschwitz-Birkenau : la Marche des Vivants

Le 12 avril 2010 se déroulait la 22e Marche des Vivants. Des milliers de jeunes, et aussi des adultes, en majorité juifs, ont marché d’Auschwitz à Birkenau, en souvenir de toutes les victimes juives du nazisme. 

Chaque année, au centre même de l’horreur, dans ce vaste paysage de la mort sans sépulture, où ne subsistent que les ruines de la vaste entreprise d’extermination industrielle du peuple juif, la Marche des Vivants affirme l’attachement de jeunes Juifs venus massivement d’Israël et de la Diaspora au renforcement de la vie juive. Toute la symbolique de la Marche exprime le récit fondateur de l’identité juive en Terre d’Israël, menant de la mort à la vie par l’évocation des étapes de la souffrance du peuple juif en diaspora. Récit rédempteur, aboutissant au triomphe de l’espoir et de la vie, sous le signe des innombrables drapeaux de l’Etat juif, symboles de la victoire sur la haine du peuple juif et d’Israël. Mais, en ce début d’après-midi du Yom Hashoah, cette marche internationale se plaçait aussi sous le signe de la solidarité avec la Pologne, endeuillée le 10 avril par la catastrophe de Smolensk. 
Hommage aux victimes du crash de l’avion présidentiel polonais dans le discours de l’Ambassadeur d’Israël, prononcé juste avant le son du shofar qui annonce le début de la Marche. Drapeaux israéliens surmontés de rubans noirs marchant en tête du long cortège mené par le rabbin Israël Meir Lau et le président de l’Agence juive pour Israël, Natan Sharansky… Minute de silence au début de la cérémonie clôturant la Marche au monument international de Birkenau. Ces témoignages d’ouverture à la souffrance polonaise correspondaient bien au serment de la Marche des Vivants dont les participants s’engagent à construire un monde meilleur pour tous les membres de la famille humaine. Comme le remarquait Piotr Cywinski, directeur actuel du Musée d’Auschwitz, et intellectuel catholique engagé depuis longtemps dans le dialogue judéo-polonais : « Je participe à la Marche depuis plus de dix ans avec des groupes de jeunes Polonais non juifs. Au début, nos contacts avec les jeunes marcheurs étaient très difficiles, empreints de méfiance et même d’hostilité. Ce n’est plus du tout le cas ces dernières années. La réaction solidaire des organisateurs de la Marche après cette catastrophe dans laquelle j’ai perdu tant d’amis et aussi des parents m’émeut beaucoup ».

Une jeunesse polonaise en rupture 
Pour les groupes de jeunes participant à la Marche, ce voyage en Pologne à la découverte des principaux lieux de mémoire de la Shoah est aussi l’occasion de rencontrer, ne fut-ce que brièvement, des jeunes Polonais, le plus souvent non juifs, pour dialoguer. Ainsi, le dimanche 11 avril, après un office religieux à la mémoire des victimes du crash de Smolensk, dans la synagogue Tempel, voisine du nouveau centre communautaire juif de Cracovie, dans l’ancien quartier juif de Kazimierz, une rencontre a réuni des étudiants de l’Université Jagellon et des jeunes Juifs australiens qui participaient le lendemain à la Marche. Ces derniers, pour la plupart de racines polonaises, ne savent presque rien de l’histoire juive polonaise et exprimaient leur surprise face à ces jeunes Polonais, dont certains, passionnés de traditions juives, leur exposaient les motivations intimes de leur intérêt pour le judaïsme. Fascination de l’altérité juive chez des jeunes Polonais qui veulent rompre avec des traditions culturelles antisémites si enracinées, et parfois aussi volonté de retrouver des racines juives, plus ou moins lointaines ou obscures… Les propos sincères de ces étudiants polonais ont rencontré l’écoute et la sympathie des ados juifs australiens. 

 

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