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L’auteur semble tirer toutes les conséquences d’un propos qu’il cite de Hannah Arendt : « Un homme que l’on a attaqué en tant que Juif ne peut se défendre en tant qu’Anglais ou Français, sinon le monde entier en conclura qu’il ne se défend même pas ». Les prémisses de la thèse de Michaël Bar-Zvi, militaire et philosophe d’origine française, sont clairement annoncées : il fallait, au lendemain de la Shoah, que le peuple juif recouvre ce qui lui avait manqué depuis vingt siècles : la terre et la guerre. Toute sa démarche consiste à tirer des leçons de la Shoah, alors qu’il nous prévient, avec son maître Emmanuel Levinas, que la Shoah n’a rigoureusement aucun sens. La Shoah, l’idée est souvent répétée, n’est pas la guerre, mais « son déni radical ». Et c’est pourquoi, pour recouvrer son honneur, et sa vie même, le peuple juif doit désormais assumer de porter les armes, de devenir « un être pour la guerre ». Cette thèse, peu entendue il faut bien le dire chez nos intellectuels, est surtout ici développée au début et à la fin de l’ouvrage. Au milieu, des propos qui semblent parfois tenir de la digression : sur la famille, l’éducation, la fratrie, la transmission, la mère juive, la solitude, l’identité, l’élection, la musique klezmer que pratiquait son cordonnier de père, rescapé des camps. La grande référence de l’auteur, c’est précisément son père, nourri de forts principes, paré de toutes les vertus. Mon père disait. Mon père faisait. Si on respecte infiniment l’ancien déporté, nous avons cependant le sentiment un peu gênant que l’auteur nous prend parfois en otage, voire exerce sur nous un petit chantage. Comment contredire ou simplement discuter les forts préceptes moraux d’un père non seulement parangon de vertu (au sens romain), mais dont la philosophie indiscutable vient de son statut de rescapé ?
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