J’ai hésité quelques secondes :était-ceune ville balnéaire de Californie, une nouvelle cité proche de Rimini, peut-être un resort de la côte croate dont on vante beaucoup le récent développement ? Parvenu à la dernière de ces photos, j’ai eu la réponse : « Voici ce que les médias ne vous montrent pas de Gaza ». Et mon correspondant, inconditionnel de la politique israélienne, d’ironiser : « Et bientôt, un Club Med ? ».
Cet envoi tient de la blague, bien sûr, mais pas besoin de connaître Freud pour savoir que les blagues sont toujours révélatrices. Aussi, vais-je à mon tour poser une question : à quoi celle-ci vous fait-elle penser ? Moi, elle me rappelle les plaisanteries de Le Pen minimisant à coups de jeux de mots la déportation des Juifs (un « détail » de l’Histoire). Clairement, le sort des habitants de Gaza est sans comparaison avec celui qu’ont subi six millions des nôtres, mais la démarche qui consiste à transformer une punition en récompense de rêve ne relève-t-elle pas d’une démarche assez proche ?
Généralement, je prends plutôt bien les opinions qui divergent des miennes. Surtout lorsque le problème est aussi complexe que celui des relations entre Israël, les Palestiniens et les autres pays du Moyen-Orient. Sans les partager, je peux comprendre les réserves de ceux qui doutent que les Arabes puissent accepter, au bout du compte, la présence d’un Etat juif au milieu d’un monde musulman. Mais les inepties rigolardes du mail en question me paraissent traduire un tel degré d’aveuglement et d’indifférence à l’égard d’une population qu’elles m’indignent.
Serions-nous des chiffes molles, de dangereux naïfs parce que nous restons attachés à ce qui fait le sel du judaïsme : le sens de la dignité pour tous, l’ouverture à l’Autre, la remise en question ? Sont-ils plus réalistes ceux dont la politique de soutien aux colons a poussé les Palestiniens dans les bras du Hamas ? N’y aurait-il de Juifs acceptables dans la Diaspora que parmi les inconditionnels ? C’est ce que m’affirmait il y a peu le courrier délirant d’un correspondant qui n’avait pas apprécié mon opposition à sa tentative d’intimider une institutrice de école Hamaide (Uccle) dont toute la carrière -c’est sa dernière année d’enseignement- a été, je peux en témoigner, un modèle de probité intellectuelle et d’ouverture des élèves à la tolérance. A cette femme respectée de tous, qui a été la maîtresse exemplaire de mes petits-enfants et des siens, l’inconditionnel qui m’a écrit lui reprochait d’avoir tenu des propos anti-israéliens qu’il a inventés de toutes pièces. On me permettra de ne pas en dire davantage ici, car la tranquillité des enfants est en jeu.
Même lors des obsèques de Maxime Steinberg, alors que nous étions très nombreux à nous être réunis au cimetière de l’avenue du Silence pour adresser un ultime témoignage d’estime et d’amitié à Maxime qui attendit si longtemps d’être reconnu par l’Université et par les siens pour ce qu’il était : l’un des meilleurs historiens de la déportation et de l’exécution des Juifs, l’auteur d’une œuvre monumentale, même dans ce lieu de recueillement, dans ce moment de tristesse, un Monsieur bien mis, on pourrait dire un notable, que j’ai dû croiser une ou deux fois, m’a abordé en disant : « Alors, toujours de gauche ? ». Nul doute qu’il n’évoquait pas Monsieur Di Rupo.
Si ces lignes vous paraissent teintées d’hostilité à l’endroit d’Israël, c’est que j’ai été maladroit, car elles sont probablement plus en phase avec les principes de justice et de questionnement qu’enseignent le judaïsme et les pionniers sionistes que ne l’est le discours des idolâtres.
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