Depuis 2006, John Ging coordonne l’action de l’UNRWA à Gaza, l’agence des Nations Unies prenant en charge les réfugiés palestiniens. Cet ancien officier de l’armée irlandaise a une longue expérience des conflits, que ce soit dans l’Est du Congo, en Bosnie ou au Kosovo. Si les situations sont difficilement comparables, il est aujourd’hui confronté dans la bande de Gaza à un énorme problème humanitaire depuis la mise en œuvre du blocus par Israël. L’UNRWA est responsable d’environ un million de réfugiés à Gaza : 80% d’entre eux dépendent de cette agence pour leur alimentation quotidienne. Comme l’économie est complètement effondrée, l’UNRWA doit assurer l’approvisionnement alimentaire. Le développement et l’éducation sont ses priorités initiales, mais l’assistance humanitaire constitue au quotidien une charge importante pour l’UNRWA. « Le blocus israélien empêche le bon fonctionnement de toute activité économique et commerciale. Le seul accès à Gaza est exclusivement réservé à l’approvisionnement humanitaire et à l’importation de biens de première nécessité pour que les habitants de Gaza ne meurent pas de faim. Environ 120.000 personnes actives dans l’agriculture, l’industrie textile et la fabrication de meubles sont aujourd’hui au chômage. Tous ces gens font maintenant la queue pour obtenir l’aide alimentaire des Nations Unies au lieu de travailler », s’inquiète John Ging. « Les dommages causés par l’opération israélienne de janvier 2009 n’ont toujours pas été réparés en raison du blocus qui vise l’importation de ciment et de matériel de construction ».
Marché noir
Cette situation concerne surtout les gens ordinaires. John Ging n’est pas aveugle et n’ignore pas qu’une partie de la population se débrouille bien dans ces conditions. Les tunnels entre Gaza et l’Egypte offrent d’énormes possibilités d’enrichissement. « Des centaines de millions de dollars circulent illégalement grâce à ces tunnels. Des bandes criminelles et des fonctionnaires corrompus s’enrichissent grâce au blocus de Gaza. Aux yeux du Palestinien moyen, tout cela est difficile à accepter. Par ailleurs, cette richesse accumulée grâce au marché noir n’est pas dissimulée. Certains se font construire de très belles maisons alors que le blocus frappe justement le matériel de construction », regrette-t-il.
Agissant directement envers la population sans passer par l’intermédiaire des autorités palestiniennes, l’UNRWA veille scrupuleusement à son indépendance et au respect de son intégrité. S’il n’est pas facile de s’en tenir à ce mode opératoire en vigueur depuis soixante ans, John Ging observe qu’à l’exception d’un seul incident intervenu en janvier 2009, le Hamas ne confisque pas les convois humanitaires de l’UNRWA. Côté israélien, John Ging reste objectif, jugeant les relations opérationnelles avec l’Armée et le ministère des Affaires étrangères très bonnes : « Les militaires et les fonctionnaires israéliens avec lesquels nous travaillons sont de bonne volonté. Ils cherchent avant tout à résoudre les problèmes et non pas à en créer », insiste-t-il.
Si John Ging ne cesse de dénoncer le blocus de Gaza, ce n’est en effet pas pour le plaisir de critiquer la politique israélienne : « Le blocus est contre-productif. Il a créé à Gaza un vrai vivier pour les groupes extrémistes. Il ne fait que sanctionner les gens honnêtes et les modérés. L’UNRWA fait tout pour que les enfants se comportent décemment à l’école, mais aussi pour qu’une fois en rue, ils ne se transforment pas en caïds. L’énergie et les moyens que nous déployons en matière d’éducation -210.000 enfants fréquentent les écoles de l’UNRWA à Gaza- sont sapés par le blocus. Le désespoir est énorme parmi ceux qui souhaitent que les droits de l’homme et le respect de l’autre aient encore une signification à Gaza », déplore John Ging, qui continue de croire en la solution « deux peuples, deux Etats ».
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