Quant au judaïsme, décider à la majorité constitue un principe de base. L’essentiel du Talmud est fait de discussions qui concernent, entre autres, les 613 préceptes de la loi juive, la halakha. La conclusion de chacune de ces discussions conduisant à la décision finale est décidée à la majorité.
A ce propos, certains passages talmudiques sont étonnants par la manière dont ils défendent cette règle de la majorité envers et contre tout, en allant jusqu’à braver l’intervention divine.
Dans le traité Baba Metsia, on décrit une discussion entre Rabbi Eliezer et plusieurs de ses collègues : « Il leur dit : si la halakha est comme moi, le Ciel le prouvera. L’écho d’une Voix sortit et dit : Qu’avez-vous à débattre auprès de Rabbi Eliezer, alors que la halakha est comme lui partout ! Rabbi Yehochoua se dressa sur ses jambes et dit : Elle n’est pas au ciel ! Que signifie : Elle n’est pas au ciel ? Rabbi Yirmeya dit : Puisque la Tora a déjà été donnée au mont Sinaï, nous ne tenons pas compte de l’écho d’une Voix, car Tu as déjà écrit dans la Tora : Il faut pencher selon la majorité. Rabbi Nathan rencontra le prophète Elie. Il lui dit : Que fait le Saint béni soit-il à cette heure ? Il lui dit : Il sourit en disant : Mes fils m’ont vaincu, mes fils m’ont vaincu ».
Suivant cet extrait talmudique, Dieu Lui-même s’avoue vaincu par la majorité, avec le sourire…
Le verset biblique de base (Exode 23,2), qui prévoit le respect de la majorité, est en réalité plus nuancé, car il commence par une mise en garde : « Ne suis point la multitude pour mal faire ».
Le principe démocratique est donc assorti d’une mise en garde biblique : suivre la majorité, oui, mais pas pour faire le mal.Cela rend la chose plus difficile, car qui peut décider ce qui est bien et ce qui est mal ? Mais en même temps, il y a obligation de ne pas accepter n’importe quoi, même en vertu du principe démocratique. Cette opposition entre Ethique et Démocratie constitue évidemment la difficulté inhérente à cette dernière. La montée du nazisme en Allemagne et l’arrivée au pouvoir d’Hitler par des élections démocratiques illustrent-elles ce problème ? Peut-être en assortissant ce principe d’une condition sine qua non : celle du respect de la Déclaration universelle des droits de l’Homme.
Pour ce qui concerne notre petit pays, nous ne pouvons que souhaiter que la classe politique belge n’oublie pas de prendre cette dimension éthique en compte dans les nombreux problèmes qui sont d’actualité.
Shana Tova à tous nos lecteurs, que cette année 5771 soit meilleure que les précédentes !
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