Vous présentez un livre très documenté, fondé sur de nombreuses études. Comment avez-vous élaboré la thèse que vous soutenez ?
O. Boruchowitch : Nous ne l’avons pas postulée. Elle s’est, au contraire, construite sur base des recherches que nous avons conduites, notamment en collaboration avec l’Université catholique de Louvain. Deux questions liminaires nous ont frappés. D’une part, comment se fait-il qu’un pays dont la superficie ne dépasse guère les deux tiers de la Belgique puisse représenter dans l’opinion publique le danger majeur pour la paix dans le monde ? D’autre part, comment est-il possible qu’une puissance certes régionale, mais qui n’est guère plus, soit devenue l’incarnation de l’exploitation et de l’injustice alors que d’autres drames qui se déroulent dans le monde et qui causent bien plus de victimes que le conflit israélo-palestinien n’obtiennent jamais une telle couverture médiatique ?
Votre approche ne nie-t-elle pas le problème palestinien ?
R. Laub : Non, pas du tout, mais nous avons délibérément centré notre réflexion sur Israël. La nécessité du règlement pacifique du problème palestinien relève de l’évidence et nous plaidons clairement en sa faveur. En revanche, nous pensons que l’apaisement du contentieux israélo-palestinien ne constitue pas à lui seul une condition suffisante pour la résolution globale du conflit israélo-arabe. S’il existe une littérature abondante sur le problème palestinien, ce que nous appelons la question israélienne, c’est-à-dire la problématique de la pérennité de l’Etat d’Israël, n’a en revanche jamais été réellement posée. La question de fond est la suivante : le Moyen-Orient est-il disposé aujourd’hui à accepter la présence d’un Etat juif ? C’est une difficulté réelle pour les populations voisines d’Israël, compte tenu du choc qu’elles ont connu à la fin du 19e et au 20e siècle, période pendant laquelle l’Histoire s’y est très fortement accélérée. En quelques décennies, le califat s’est effondré, manifestant dans les faits l’ascendant que l’Occident avait progressivement pris sur le monde oriental depuis plusieurs siècles, des Etats modernes ont divisé le Moyen-Orient en greffant artificiellement des structures institutionnelles étrangères héritées du colonialisme, en rupture totale avec l’organisation sociologique séculaire de cette région du monde. De surcroît, elles ont vu naître un Etat juif au cœur de leur espace civilisationnel. On perçoit donc aisément toute la difficulté que cela représente.
N’est-ce pas une thèse catastrophiste ?
R. Laub : Nous récusons toute forme de catastrophisme. Nous ne prédisons pas la disparition d’Israël, mais soutenons, en revanche, que si rien n’est fait pour l’éviter, les tendances à long terme plaident en sa faveur. Lorsqu’on analyse, par exemple, les évolutions de la démographie américaine et les projections géostratégiques sur 50 ans, on mesure à quel point la question israélienne sera de moins en moins présente pour une société qui sera beaucoup plus tournée vers l’Amérique du Sud et la Chine que vers le Moyen-Orient.
O. Boruchowitch : Au demeurant, nous avons eu la chance de bénéficier d’une introduction critique d’Elie Barnavi, qui relativise notre thèse, voire la conteste sur certains points. Nous n’avons donc absolument pas cherché à poser une thèse sensationnaliste, mais nous avons souhaité, au contraire, ouvrir un débat lucide et pragmatique sur une question qui nous semble avoir été insuffisamment pensée.
Richard Laub et Olivier Boruchowitch, Israël, un avenir compromis, Ed. Berg International
Mardi 26 octobre à 20h30 – Conférence
RICHARD LAUB, OLIVIER BORUCHOWITCH et ELIE BARNAVI présentent
ISRAËL, UN AVENIR COMPROMIS
Auditorium Jacob Salik
Infos et réservations : 02/543.02.70
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