La signature de Soliman le Magnifique était une œuvre d’art à part entière, avec beaucoup de lettres toutes en arabesques. Le vizir, son Premier ministre, apporta donc la déclaration de guerre et la plume, mais au moment de signer, la main de Soliman resta en l’air. Son visage se mit à pâlir. « Qu’y-a-t-il donc, Ô vénéré Sultan ? ». « J’ai oublié comment écrire ma signature ! ».
Voyant son maître défaillir, le vizir fit appeler les plus éminents médecins. Le premier médecin arriva et se prosterna. – « Soliman, je pense savoir quel mal te ronge. Voici ce que tu vas faire. Cette nuit, ton vizir placera un bâton entre tes mâchoires ouvertes, de sorte que la mémoire reprendra le même chemin qu’elle avait pris pour disparaître ». La nuit, le vizir fit exactement ce que lui avait demandé le médecin, mais lorsque Soliman se réveilla le matin et qu’il pris sa plume pour écrire, sa main demeura immobile. Il entra dans une colère noire. « Qu’on jette ce charlatan de médecin aux crocodiles ! ».
Un deuxième homme arriva et s’inclina devant Soliman. Il s’appelait Ibn Maïmon, réputé pour sa sagesse. Soliman lui dit : « Si tu me guéris, j’exaucerai tous tes désirs. Mais si tu échoues, tu resteras jusqu’à la fin de ta vie dans un cachot avec des rats ! ».
« Vizir, apporte-moi un document avec la signature du Sultan », lança calmement Ibn Maïmon. Il prit ensuite l’index de Soliman : « Ferme les yeux et laisse-toi guider avec ton doigt sur toutes les belles lettres de ta signature ». Ibn Maïmon lui confia la plume et le parchemin, et lui demanda de refaire le même chemin avec la plume : « Va et écris ! Ton cœur te mènera à toi-même ». Soliman ferma les yeux et fit ce que lui avait dit Ibn Maïmon. « Ibn Maïmon, tu m’as sauvé. Je n’ai pas de mots », lui affirma Soliman, les yeux remplis de larmes. Quels sont tes désirs ? ».
« Soliman, dans la ville sainte de Jérusalem dont tu es le maître, règne une misère noire. Ne pourrais-tu pas y faire construire des réservoirs d’eau ? ». Soliman appela son vizir : « Ecris ! Qu’on construise des fontaines et qu’on creuse des puits dans notre ville sainte de Jérusalem ! ». « Sais-tu aussi », continua Ibn Maimon, « que la pire des calamités, à Jérusalem, ce sont les brigands qui s’attaquent aux habitants ? ». Soliman leva les yeux vers le ciel. « Vizir ! Ecris ! Qu’on construise une muraille autour de Jérusalem pour la protéger des brigands ». Ibn Maïmon s’inclina devant Soliman : « Maintenant, lorsqu’on parlera de toi dans les prochains siècles, ce sera pour se souvenir du bien que tu as fait ».
Tous les ministres étaient extrêmement déçus : « Ô vénéré Sultan, mais qu’en est-il de la guerre contre Charles Quint ? »
« Ca peut attendre », répondit Soliman en baillant. « Maintenant, je vais me reposer… ».
Aujourd’hui, on peut se promener sur les murailles qui entourent la vieille ville de Jérusalem. On peut aussi admirer la signature de Soliman le Magnifique dans les livres d’histoire. Quant au sage Ibn Maïmon, vous n’en trouverez aucune trace. Il est né avec ce conte et disparaît à cet instant.
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