L’eau, la guerre de demain

Tandis que Israéliens et Arabes s’entretuent pour fixer des frontières à leur goût, une autre guerre menace, bien plus dure et dangereuse pour tous les peuples de la région : le contrôle de l’eau. Mais celle-là, grâce à sa politique prévoyante, Israël pourrait bien l’éviter.

 
Voyons mondial : selon l’ONU, pour être « confortable », la consommation annuelle d’eau d’un être humain doit tourner autour de 1.000 m3 (celle du Belge moyen s’élève à 3.000 m3). Et la pénurie commence à 500 m3. Toujours selon les Nations unies, 20 % de la population du globe vit d’ores et déjà sous ce minimum. Une proportion qui pourrait atteindre 50 % dans quelques décennies.
 
Voyons global : le problème est encore plus crucial dans le monde arabe (Maghreb et Machrek, y inclus Israël) : s’il représente 5% de la population mondiale, il ne possède qu’un pourcent de son eau douce. Et les habitants de huit pays arabes survivent déjà avec moins de 200 m3 par an.
 
Voyons régional : seule la Syrie s’en sort bien avec 1.200 m3, La Jordanie est en crise avec 250 m3, la Cisjordanie occupée ne dispose que de 190 m3 et les estimations pour la Bande de Gaza varient de 50 à 100 m3. Si Israël est mieux loti avec ses 390 m³, il se trouve lui aussi sous le seuil de pénurie. Un problème d’autant plus préoccupant pour l’Etat hébreu que 57% de ses ressources sont situées hors des frontières de 1967 : 33 % proviennent de Cisjordanie et 22% du Golan.
 
Voyons national : pour Israël, le pire est encore à venir. D’ici 2020, sa population devrait augmenter d’un tiers, ce qui, à ressources égales, ne laisserait plus que 258 m³ à chaque habitant. Et ce chiffre serait bien plus bas, si, suite à des négociations, l’Etat hébreu n’avait plus accès à l’eau des territoires occupés et/ou annexés.
 
Israël, leader mondial
Fort heureusement, depuis une trentaine d’années, les gouvernements israéliens successifs ont mis en œuvre une politique susceptible d’atténuer ces dangers. C’est ainsi qu’Israël est devenu leader mondial du recyclage des eaux usées : 75 % (le deuxième, l’Espagne n’en est qu’à 12%).
 
De même dans la recherche agronomique. Les Israéliens ont inventé toute une série de procédés pour réduire la consommation d’eau dans l’agriculture : le « goutte à goutte », l’utilisation de filets de protection, la recherche génétique, la mécanisation et la rationalisation de la production animale…
 
Sans oublier l’usage systématique de l’eau recyclée, voire salée, et une impitoyable « chasse au gaspi », y compris avec des drones. Israël est ainsi parvenu à ramener les pertes d’eau (30% en moyenne et jusqu’à 60% dans certaines villes) à 10 %. Et ce n’est pas fini…
 
Reste l’essentiel : la désalinisation de l’eau. Le procédé n’est certes pas sans inconvénients. Il est couteux en énergie et pose des problèmes de pollution : les rejets des usines rendent plus chaude et saline l’eau de mer qu’elles recyclent, ce qui a tout d’un cercle vicieux.
 
Mais les Israéliens considèrent que c’est, à l’heure actuelle, le moins mauvais des choix et ne cessent de lancer de nouvelles usines.  L’objectif étant qu’en 2035, entre 35 et 40% de l’eau potable d’Israël proviennent de la mer. Ce ne sera pas du luxe : il est déjà assez difficile de résoudre les problèmes de la terre. Il ne serait pas utile que l’Etat juif se trouve de surcroît engagé dans une guerre de l’eau…
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