Comme disait l’autre, vaut mieux lire ça qu’être sourd. Voici que dans une interview parue en septembre, Fidel Castro, tiers-mondiste, anti-impérialiste et par ailleurs, allié de tous les ennemis de l’Etat juif, condamnait le négationnisme antisémite de son allié iranien.
Dans la foulée, il prenait la défense du peuple juif, dont « historiquement les souffrances avaient été bien plus grandes que celles des musulmans ». Il soutenait aussi le droit à l’existence d’Israël et, cerise sur le gâteau, se fendait de quelques compliments sur l’actuel Premier ministre israélien.
Fort logiquement, le président Shimon Peres avait, en retour, envoyé une lettre de remerciements tandis que Benjamin Netanyahou saluait chaleureusement la « profonde compréhension » de Castro pour l’histoire juive.
Fin de l’échange ? C’était compter sans Mme Illeana Ros-Lehtinen. Inconnue chez nous, cette dame n’est pas n’importe qui aux Etats-Unis : après avoir été membre de la Chambre des Représentants de Floride puis du Sénat de cet Etat, elle siège depuis la fin des années 90 à la Chambre des Représentants à Washington.
Et, en janvier 2011, lors du changement de majorité, elle devrait prendre la présidence de la puissante Commission des Affaires étrangères. Bref, cette Républicaine pure et dure est un poids lourd politique dans son pays.
Courageux mais pas téméraire
Or, cette alliée inconditionnelle de la droite israélienne est aussi une ennemie de toujours de Fidel Castro. Née elle-même à La Havane, elle hait passionnément le régime cubain, ne cesse de l’attaquer et appelle régulièrement à l’assassinat de l’ex-« leader maximo » cubain.
C’est dire si elle a peu apprécié l’échange d’amabilités entre Cuba et Israël. Elle l’a fait savoir aux dirigeants israéliens. Cela n’allait pas du tout. Castro était un vieillard gâteux, un ennemi d’Israël et des Etats-Unis depuis 50 ans. Il ne savait même plus ce qu’il disait. Donc, le remercier de quoi que ce soit était « pire qu’un crime, une faute », comme disait cet autre éminent diplomate de Talleyrand
Et que croyez-vous qu’il arriva ? Lors de son dernier séjour aux Etats-Unis, pourtant « hyperbooké » comme toujours, Benjamin Netanyahou trouva le temps de décrocher son téléphone, d’appeler Mme Ros-Lehtinen… et de s’excuser d’avoir été poli avec le répugnant vieillard.
Certes –et le gouvernement actuel ne manque jamais une occasion de le rappeler- Israël est un Etat souverain. Nul, ami ou ennemi, ne saurait lui dicter sa conduite. Sa politique se détermine à Jérusalem et nulle part ailleurs.
Mais de là à suggérer à un des 435 députés du Congrès américain de s’occuper de ses affaires, il y a d’évidence une marge qu’un Premier ministre courageux mais pas téméraire ne saurait franchir…
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