Quand une certaine Flandre s’amuse…

Qu’est ce qu’on se marre à la VRT. Ce week-end, le présentateur d’un jeu demande : « Quel est, d’après Voltaire, le peuple le plus détestable qui ait jamais souillé la terre ?». Et l’excellent Jan Peumans, président du Parlement flamand, de répondre « Les Turcs ». Avant de préciser qu’il n’osait pas dire « les Juifs » parce que « ils sont très sensibles sur cette question » Morts de rire, on est.

 
Est-ce que nous, les Juifs, on manque vraiment d’humour ? Voilà une question qui ferait se retourner Woody Allen dans sa tombe. S’il était mort, s’entend, ce qu’à Dieu ne plaise. Pourtant, on entend ça de plus en plus souvent en Flandre.
 
Battons notre coulpe : nous avons effectivement quelques spécimens qui hurlent au retour d’Hitler au moindre début de remarque insinuant qu’un Juif pourrait avoir un quelconque défaut. Mais globalement ?
 
Alors que nous avons déjà crucifié le Christ, est-il vrai que nous persécutons aussi le malheureux peuple flamand  pour quelques plaisanteries bon enfant ? Les concepts de  « liberté d’expression » ou « d’humour sans tabous » nous sont-ils vraiment inconnus ?
 
Si un humoriste de la chaîne « Canvas » déclare : « Que vont faire les Juifs si un jour, il y a une grosse fuite de gaz à Anvers? Poursuivre la ville pour provocation? », ne pouvons-nous vraiment pas éclater de rire comme tout le monde ?
 
Et nous écrouler sur le divan s’il ajoute : « Je trouve très grave ce qui s’est passé (…), mais je crois aussi que ce ne serait plus possible aujourd’hui. (…)  La plupart d’entre eux (les Juifs) sont en Amérique, alors, par train, on n’arrivera pas à les amener en Allemagne »
 
Pourquoi ne pourrait-on pas plaisanter avec les chambre à gaz (déjà qu’on n’est pas sûr qu’elles ont existé) ? Ou de cette manie que les Juifs ont de se plaindre de leurs souffrances passées ? La Seconde Guerre mondiale est loin, quand même.
 
Trop bêtes pour parler français
 
D’autant que si on va par là, ils ont souffert aussi, les Flamands, en 40-44, et plus que les Juifs, même. Voyez ce pauvre Jan Peumans : il  a perdu un oncle pronazi abattu, comme il dit, par de « lâches crapules de résistants ».
 
Pourtant, si quelqu’un affirmait qu’il est dommage qu’ils n’aient pas liquidé toute sa famille, vu que cela ferait un imbécile de moins aujourd’hui, croyez-vous que M. Peumans se fâcherait ?  Pas du tout. Il partirait d’un bon grand rire joyeux. Car il a le sens de la dérision, lui. Comme tous les Flamands d’ailleurs.
 
Lesquels ne sont certes pas gens à se revancher sur les francophones d’aujourd’hui du mépris dont ont souffert leurs aïeux au 19e siècle. Pas plus qu’ils ne perdraient leur temps à pélériner chaque année au bord de l’Yser en mémoire de leurs pépés tués en 14-18 parce qu’ils étaient trop bêtes pour parler français. Ils ont su jeter la rancune à la rivière, eux.
 
Ben, on n’est pas aussi ouverts et modernes, nous autres. Même si on est d’accord : on peut évidemment rire de tout. Mais on n’est pas toujours obligé. Des fois, on peut même s’abstenir. Juste pour ne pas blesser les autres. Ou pour éviter des généralisations aussi imbéciles que blessantes.
 
Ainsi, ce n’est pas parce que le vent mauvais du nationalisme souffle en ce moment sur la Flandre que nous croyons tous les Flamands sortis du même moule (frites). Et, toujours sans rire, nous espérons que les descendants des résistants des deux guerres mondiales finiront par renvoyer les « vlaamse ratten » à l’égout. Poil au cou.  
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