Pour permettre au débat public de progresser concernant nos authentiques et graves problèmes et pour limiter au maximum la diabolisation d’Israël qui se répand dans le monde, vais-je essayer de formuler le concept de sionisme avec toute l’objectivité et la logique possibles.
Et n’allons pas transformer ce concept en une sorte de sauce bonne à accommoder n’importe quel plat pour en relever la saveur ou, à l’inverse, provoquer le dégoût. Tout d’abord, le sionisme n’est pas une idéologie, c’est-à-dire « un agencement structuré et systématique d’idées, d’interprétations, de principes et d’injonctions exprimant la vision du monde singulière d’une secte, d’un parti ou d’une classe sociale » (Encyclopédia hébraïca).
Le sionisme espérait quelque chose et le promettait : fonder un Etat pour les Juifs. S’il tint sa promesse, ce fut essentiellement du fait catastrophique de l’antisémitisme. Le sionisme aspirait seulement à constituer un cadre politique : qu’adviendrait-il du pays et quelles en seraient les caractéristiques; quel type de régime il connaîtrait et quel serait le dessin de ses frontières; quelles valeurs sociales il adopterait et comment il traiterait ses minorités nationales.
(…) Une fois l’Etat juif effectivement fondé, l’esprit du sionisme ne se manifesta plus qu’à travers le principe de la loi du Retour. En d’autres termes, en dehors du fait que l’Etat d’Israël est régi et administré par l’ensemble des citoyens munis d’une carte d’identité israélienne, de par sa législation, il demeure ouvert à tout Juif désireux d’en devenir citoyen.Pareilles lois existent aujourd’hui dans plusieurs autres pays, dont la Hongrie et l’Allemagne. On peut espérer qu’une « loi du retour » similaire sera bientôt instaurée au sein de l’État palestinien qui doit être fondé à nos côtés. Et, exactement comme dans l’État palestinien où il ne s’agira pas d’une loi raciste, cette loi n’est pas raciste en Israël.
A-sioniste et anti-sioniste
Quand les nations du monde décidèrent en 1947 de l’établissement d’un Etat juif, elles ne scindèrent pas une partie de la Palestine à l’usage exclusif des 600.000 Juifs qui y vivaient alors; elles le firent en supposant que cet Etat aurait à donner asile à tout Juif qui le souhaiterait.Un Israélien, un Juif, un Palestinien… se définissant comme a-sioniste est quelqu’un qui s’oppose à la loi du Retour. Comme n’importe quelle autre opinion politique, cette opposition est légitime. Un anti-sioniste, en revanche, est quelqu’un qui veut détruire l’Etat d’Israël après coup – et, à l’exception de sectes extrémistes parmi les ultra orthodoxes ou les cercles juifs radicaux en diaspora, peu de Juifs soutiennent ce point de vue.
Tous les débats de fond ayant cours en Israël – l’annexion ou non des Territoires, les relations entre la majorité juive et la minorité palestinienne, les relations entre la religion et l’Etat, la nature et les principes de l’économie politique, etc.- représentent un type de controverses qui ont toujours existé en de nombreux pays. Il s’agit de discussions qui portent sur la dynamique et les mutations identitaires de chaque nation.
Pas plus que ces discussions n’exigent des autres nations qu’elles ajoutent au cocktail des notions supplémentaires, ces débats entre nous n’ont à inclure le concept de sionisme, injustement devenu une nouvelle arme dans la bataille, ce qui rend difficile toute élucidation de la controverse et de son importance. Le sionisme n’est pas un concept censé remplacer le patriotisme ou l’esprit pionnier. Un officier prolongeant la durée de son service militaire ou quelqu’un qui s’installe dans le Néguev n’ont rien de plus sioniste qu’un épicier à Tel-Aviv, mais peut-être sont-ils plus pionniers ou patriotes, selon le sens que l’on accorde à ces concepts.
Le concept de sionisme nous est cher, c’est pourquoi il importe qu’il ne trouve à s’exprimer qu’à sa juste place : dans la différence entre nous et les Juifs de la diaspora ou de l’exil. L’usage abusif et vain du terme brouille également le débat éthique entre les Juifs. Ceux qui ont choisi d’assumer la responsabilité de leur vie au sein d’un territoire déterminé et souverain, et ceux qui vivent mêlés aux autres nations en cultivant leur identité juive de façon partielle, par l’étude, les textes religieux et des activités communautaires limitées.
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