Les « idiots utiles » du populisme européen

Tout contents, les « pionniers des territoires libérés de Judée-Samarie ». Ils ont reçu la visite de 35 politiciens européens venus les soutenir. Et que du beau monde…

 
C’est nouveau, ça vient de sortir : toute la droite extrême européenne est devenue ultra-sioniste. Plus question de tolérer dans leurs rangs l’auteur du moindre pet antisémite. Parce qu’Israël le vaut bien. N’est-il pas un « avant poste de la civilisation occidentale » ?
 
Cette stratégie a été initiée par le très populiste député néerlandais Geert Wilders, qui était d’ailleurs voici peu à Tel-Aviv, à l’invitation d’Arieh Eldad, leader du parti « Ihoud Léuni » (Union nationale, 4 députés). Logique : qui se ressemble, s’assemble.
 
De fait, tous deux estiment que la « Judée –Samarie » appartient sans conteste aux Israéliens et que la place des Palestiniens est en Jordanie, « leur véritable Etat ». Et voici que lui a succédé une délégation de personnalités européennes, venue assurer les colons de leur soutien.
 
Que des gens bien, quoique pas encore assez compris dans leurs pays respectifs : d’Autriche, deux membres du FPO de feu Jorg Haider. D’Allemagne, René Stadtkewitz, actuel président du « Parti de la Liberté », exclu par Angela Merkel de la CDU, parce qu’il y a des limites aux âneries qu’un parti démocratique peut admettre.
 
Et aussi le Suédois Kent Ekeroth, des « Démocrates de Suède », un beau nom quoique assez peu en rapport avec son idéologie, le très ouvert Filip de Winter du Vlaaams Belang, C. Dietrich du Parti populaire suisse, la branche allemande de l’UDC, qui placarde de si jolies affiches d’une Suisse couverte de minarets, des Italiens, des Britanniques, on en passe et des meilleures.   
 
S’ils sont là, ce n’est vraiment par amour des Israéliens, ni des Juifs d’ailleurs. Simple question de priorité : pour eux, parmi tous les envahisseurs de l’Europe, les Juifs, peu nombreux, relativement discrets et à peu près blancs, ne sont pas les pires. Par contre les barbares musulmans…
 
Les colons n’ont pas fini d’être déçus
 
Israël est donc, considèrent-ils, un allié naturel. Comme l’a expliqué le représentant suédois aux colons en extase : « Nous sommes tous confrontés à la menace musulmane ». A preuve, chacun de ces visiteurs est prêt à se battre jusqu’au dernier Israélien pour que la Cisjordanie reste juive.
 
Du point de vue de ces gens, la démarche est des plus logiques. Mais quel est l’intérêt des colons israéliens là dedans ? A court terme, ils reçoivent un soutien plus que rare. Et même s’il est platonique (aucune de ces personnes n’est en situation de les aider de quelque façon que ce soit), c’est bon à prendre.
 
Mais, dans la durée, que gagneront-ils à se faire instrumentaliser de la sorte ? A supposer qu’un de leurs nouveaux amis arrive aux affaires, espèrent-ils vraiment qu’il hésiterait à les sacrifier, eux et leurs fantasmes, aux intérêts de son pays ?
 
Par ailleurs, à encore plus long terme, la « question musulmane » finira bien par se résoudre en Europe. Les « immigrés d’Allah » s’intègreront comme l’ont fait tous leurs prédécesseurs. Et d’autant plus vite que la crise économique cessera.
 
Par contre, Israël se trouvera toujours au cœur du monde arabe. Et, s’il veut y demeurer, il faudra bien qu’il trouve une façon pacifique de vivre avec lui. A jouer les « idiots utiles » du populisme européen, les colons n’ont pas fini d’être déçus.
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