Le Président du Sénégal Abdoulaye Wade, l’ancien Président français Jacques Chirac, le Prince El Hassan ben Talal de Jordanie, la Princesse Haya Al-Khalifa de Bahreïn, l’ancien Chancelier allemand Gerhard Schröder… sont quelques-unes de ces personnalités reconnues pour leur engagement en faveur de la paix et de l’amitié entre les peuples qui ont décidé de parrainer le Projet Aladin.
L’initiative, lancée en 2008 par la Fondation pour la Mémoire de la Shoah (Paris), s’est fixé pour objectifs de promouvoir le rapprochement interculturel, en particulier entre Juifs et musulmans, fondé sur la connaissance mutuelle, l’éducation et le respect de l’Histoire, le refus des conflits de mémoire, la primauté du dialogue et de la recherche de la paix.
Diana Tey est née en 1968 à Paris, dans une famille intellectuelle iranienne. Ses parents retournent en Iran après leurs études et son père devient haut fonctionnaire du régime monarchique à Téhéran. La jeune fille sera scolarisée dans une école française, avant de voir sa vie bouleversée par la révolution islamique de 1979.Elle obtiendra deux masters en littérature française et en traduction à Téhéran, enseignera dans diverses universités de la capitale iranienne, puis décidera de revenir en France en 2000 pour poursuivre ses études à la Sorbonne. Actuellement doctorante, c’est comme responsable du site, des traductions et des publications de l’organisation qu’elle participe au Projet Aladin.
« Ce projet est né d’un constat accablant : celui de la prolifération du négationnisme attisé par des conflits au Moyen-Orient », relève-t-elle. « La Fondation pour la Mémoire de la Shoah souhaitait combler le vide d’information qui existait dans les sociétés du monde musulman, où le sujet du génocide des Juifs reste une vérité cachée et un sujet tabou. Le Projet Aladin s’attache aussi à mettre en évidence les preuves historiques du rôle qu’ont joué certains dirigeants et anonymes musulmans dans le sauvetage des Juifs durant la terreur nazie ». L’accueil qu’il a reçu, particulièrement au sein des pays musulmans, a mené le Projet Aladin à élargir son champ d’action à l’histoire des Juifs et des musulmans à travers les siècles, en revenant sur l’histoire commune judéo-musulmane, « sans omettre ni ses points de tensions et de discordes, ni ses aspects d’échanges et de cohabitation pacifique », insiste Diana Tey. « Parce que les jeunes générations issues des communautés juives et musulmanes, nées en Occident, dans les pays musulmans ou en Israël ont une connaissance approximative de cette histoire commune et portent souvent sur les autres un regard emprunt de préjugés qui incite au rejet et malheureusement à la haine ».
Primo Levi en arabe
Projet d’envergure, au succès grandissant, la Bibliothèque numérique Aladin rassemble pour la première fois en arabe et en persan des livres numériques, avec un accès gratuit. Quatre livres majeurs traitant de la Shoah -parmi lesquels Le journal d’Anne Frank et Si c’est un homme de Primo Levi- ont ainsi été traduits, et cinq nouveaux titres, dont La destruction des Juifs d’Europe de Raul Hilberg, devraient l’être prochainement. « Depuis le lancement de la bibliothèque numérique, des milliers d’exemplaires ont été téléchargés à partir des pays arabes et de l’Iran », se félicite Diana Tey. « Nous avons aussi lancé un site internet multilingue qui fournit des informations fiables sur la religion, la culture et l’histoire des Juifs. La Turquie, l’Iran, l’Egypte, le Maroc, la Tunisie, et l’Algérie sont parmi les dix premiers pays avec le plus grand nombre de visiteurs ! ».
Après son « Appel à la conscience » signé par plus de 500 intellectuels, parlementaires, historiens, personnalités religieuses, universitaires, auteurs, artistes et acteurs de la société civile de différentes confessions et cultures venant d’une trentaine de pays à travers le monde, le Projet Aladin, avec l’UNESCO et la Ville de Paris, organisera prochainement une visite à Auschwitz-Birkenau pour lancer un appel solennel à la paix et au dialogue des cultures. En partenariat avec l’Université de Bahcesehir (Istanbul) et la communauté juive de Turquie, l’organisation proposera en 2011, à Istanbul, une conférence internationale sur le rôle méconnu joué par les réfugiés juifs du nazisme dans le développement des structures du système universitaire turc.
Si l’éducation reste au cœur du Projet, les animateurs sont bien conscients de la difficulté de leur démarche. « Mais nous parions sur le pouvoir de la connaissance et la bonne foi de nombreux intellectuels, éducateurs et hommes et femmes libres à travers le monde arabo-musulman qui refusent de s’identifier aux propos négationnistes et racistes des extrémistes », affirme Diana Tey.
]]>