Une odeur de tsibeles

C’est l’histoire d’une femme qui décide de préparer des tsibeles, ce plat à base d’oignons frits et d’œufs brouillés. Elle fait donc revenir des oignons, et l’odeur s’échappe par la fenêtre, se promène dans les airs et pénètre dans un restaurant. Le cuisinier qui est en train de préparer un poulet à l’estragon n’en croit pas ses narines. L’odeur est exquise, mais il est incapable de l’identifier. C’est très ennuyeux pour un cuisinier. Il décide alors de partir à sa recherche, sort dans la rue le nez en l’air et manque de bousculer quelqu’un. Quelle surprise ! C’est un vieil ami qui habite à l’étranger et qu’il n’a pas revu depuis 30 ans ! « Quelle coïncidence ! », s’exclament les deux amis qui s’embrassent. « Je suis venu retrouver mon premier amour de jeunesse. Elle s’appelle Eva », lui dit l’homme en tirant de sa poche la photo d’une femme souriante. C’est alors qu’une brusque rafale emporte la photo, et voilà les deux hommes qui se mettent à courir après elle, sans voir arriver une voiture. La conductrice énervée en sort et vous ne devinerez jamais : c’est Eva ! « Quelle coïncidence ! », s’exclament-ils tous ensemble, avant que le cuisinier ne reparte chercher son odeur. Soudain, il se met à pleuvoir. Il se réfugie sous la devanture d’une boulangerie et voit un homme en sortir en courant. « Au voleur ! Attrapez-le ! ». Le cuisinier se met à courir après le voleur qui se voyant poursuivi, lâche le portefeuille. Le cuisinier trempé retourne à la boulangerie pour le rapporter à son propriétaire, et vous ne devinerez jamais : il appartient ni plus ni moins à Hubert Sibiendit, le célèbre acteur qui était venu un peu plus tôt acheter une baguette. Quelle coïncidence ! Pour le remercier, Hubert Sibiendit l’invite à venir chez lui boire un verre. Vous vous rendez compte ? Chez Hubert Sibiendit ! Son acteur préféré ! Mais lorsque le cuisinier voit monter dans le ciel une fumée noire, il s’écrie : « Mon poulet à l’estragon ! Il faut que je retourne immédiatement dans mon restaurant ».

L’acteur Hubert Sibiendit l’accompagne. Lorsqu’ils arrivent, Hubert Sibiendit ne cache pas sa surprise : « Je suis déjà venu ici et j’avais même été servi par une femme très sympathique ». « C’est ma femme », lui dit le cuisinier très fier. « Je ferme mon restaurant et je vous invite chez moi, c’est un honneur d’accueillir Hubert Sibiendit, mon acteur préféré ».
Soudain, l’odeur des tsibeles revient lui chatouiller les narines. Il l’avait complètement oubliée celle-là. « Vous sentez cette odeur exquise ? ». – « Effectivement », lui répond Hubert Sibiendit. – « Je vais téléphoner à ma femme. Quelle tête elle va faire quand elle vous verra ! ».- « Ma chérie, je ferme le restaurant. Peux-tu préparer le dîner ? Nous avons un invité-surprise ».
Lorsqu’ils sortent dans la rue, l’odeur continue de se faire sentir. C’est comme si c’est elle à présent qui les poursuivait. Quand le cuisinier ouvre la porte de sa maison, c’en est trop. Cette odeur est maintenant dans la maison comme si elle était chez elle.
Sur la table, il y a une assiette avec des tsibeles. « C’était donc ça et rien que ça, cette odeur exquise ? Des oignons frits ? », dit en riant Hubert Sibiendit. – « Ce “rien que ça”… ce sont des tsibeles », souligne le cuisinier. Il n’en revient pas. « Quelle coïncidence ! ».
Du fond de sa cuisine, on entend la voix joyeuse de sa femme qui lui lance : « Bon appétit ! ».
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