Et si, histoire de commencer l’année en douceur, on s’amusait à un petit « Questions pour un champion » ? Prêts ? Appuyez sur le bouton dès que vous avez trouvé la réponse : « Je suis un territoire occupé depuis des décennies. Une partie de ma population croupit dans des camps de réfugiés. Je subis une rude occupation militaire. Un « mur de sécurité » déchire mon territoire. Je suis…. Je suis ? ».
Bien sûr, tous ceux qui ont répondu « la Palestine » se sont trompés. C’aurait été trop facile, aussi. La bonne réponse était « le Sahara occidental ». Et vous ne savez pas trop quel est le problème, pas vrai ? Normal, personne, ou presque n’en parle. Et pourtant, il y a quoi dire…
Déjà, question superficie, on est loin des rikikis 5.800 km2 de la Cisjordanie : le Sahara occidental s’étend sur 266.000 km2 situés au sud du Maroc (ou dans le sud du Maroc. C’est toute la question). Un territoire aride, peu peuplé (400.000 habitants) qui contient essentiellement du sable, des mines de phosphate, quelques villes et des tribus nomades.
Colonie espagnole jusqu’au début des années 70, il est depuis lors l’objet d’une guerre entre le Maroc et le « Front Polisario » (*) qui, avec le soutien de l’Algérie voisine, a proclamé l’indépendance de ce qu’il nomme « République arabe sahraouie démocratique » (RASD).
Après plusieurs défaites, le Maroc a construit dans les années 80 un gigantesque « mur de sécurité » de pierres et de sable, haut de plusieurs mètres, défendu par 100.000 soldats et des millions de mines. Ce qui lui a permis d’annexer de facto, les deux tiers du Sahara occidental.
La population y vit donc sous occupation militaire avec les habituels couvre-feux, arrestations arbitraires etc. Par ailleurs, environ 150.000 Sahraouis, ayant fuit les combats, croupissent depuis deux générations dans des camps de réfugiés à la frontière algérienne.
Un conflit pas assez « sexy » ?
Grâce à l’ONU, un cessez-le feu est entré en vigueur en 1991 et les deux camps ont accepté un « référendum d’auto-détermination », mais sans parvenir à un accord sur les votants. Le Maroc, qui ne cesse d’envoyer des « colons » dans la région, réclame le droit de vote pour tous. Le Polisario veut le réserver aux Sahraouis (et leurs descendants) présents en 1974. On en est là.
Et tout le monde, semble-t-il, s’en fiche royalement. Vous-même, quand avez-vous manifesté pour la dernière fois pour soutenir la lutte du peuple sahraoui ? Pas plus tard que jamais, hum ? Même date pour le dernier article dénonçant l’occupation marocaine. On parle pourtant d’un peuple largement aussi opprimé que les Palestiniens.
Alors, à quoi tient cette indifférence mondiale ? Déjà à la paresse intellectuelle des médias qui n’arrivent pas à distinguer les « bons » des « méchants » dans ce conflit : tous les protagonistes sont arabes (ou berbères) et musulmans. Il est donc difficile -quoique certains s’y essaient- de voir là l’habituel complot américano-sioniste.
L’endroit n’est pas « stratégique », non plus. Les grandes puissances n’y sont pas impliquées et il ne contient aucune ressource indispensable à l’économie mondiale. Enfin, les Sahraouis n’ont jamais eu recours à l’arme absolue de la médiatisation : ils se refusent à mener des actions terroriste contre les civils, ni dans les territoires occupés ni au Maroc. Bref, le conflit n’est pas vraiment « sexy ».
Entendons-nous : ce qui se passe là bas ne dédouane en rien Israël de l’occupation. Mais on peut néanmoins s’étonner de l’inertie des gens de bien. Leur cœur est-il si petit qu’il n’y ait place en lui que pour les souffrances d’un seul peuple ? Alors, qu’attendent-ils pour défendre la juste cause des Sahraouis ? Un génocide ?
* Polisario : Front populaire de Libération de la Saguia el Hamra et du Rio d’Oro