C’est un ouvrage en forme de bilan que Jean-Philippe Schreiber et Caroline Sägesser co-signent aujourd’hui en rassemblant les actes publiés lors d’un séminaire organisé à l’ULB sur le financement des cultes en Belgique. L’occasion de revenir sur le 175e anniversaire de notre pays, « et de comprendre comment ce système s’est pérennisé depuis notre indépendance sans évoluer de façon significative », souligne Caroline Sägesser qui publie par ailleurs Le prix de nos valeurs chez Espace de libertés.
Le financement s’est certes ouvert à d’autres organisations convictionnelles -l’islam, l’orthodoxie puis la laïcité organisée ont rejoint les cultes catholique, anglican, protestant et israélite-, mais si l’égalité règne dans la théorie, la pratique révèle elle beaucoup plus de subjectivité.
Membre d’un groupe de travail planchant sur une réforme du financement des cultes (dont le rapport sera rendu en janvier), Caroline Sägesser relève plusieurs problèmes dans l’application du système actuel : « Il n’y a pas de critère de répartition de la masse, on vit sur un acquis qui ne tient pas compte de l’évolution de ces dernières années. Le culte islamique, par exemple, est la deuxième religion du pays, or il ne lui est accordé que 2% du financement ! ». Elle poursuit : « Un second problème est la difficulté d’adaptation des organisations convictionnelles nouvellement reconnues à un système conçu initialement pour l’Eglise catholique. Le culte orthodoxe est très diversifié, il n’est pourtant représenté que par une tendance. Autre exemple, le SPF Justice demande au culte musulman de mettre sur pied un organe plus représentatif que l’Exécutif qui existait jusqu’ici. Exige-t-on cela d’un autre culte ? Monseigneur Léonard est-il vraiment représentatif de tous les catholiques ? ».
Caroline Sägesser se disait partisane il y a dix ans de la suppression du budget des cultes. Elle a changé d’avis : « On voit ce que l’absence de financement public a comme conséquence en France, avec une très forte discrimination sur le terrain. Je pense que le soutien des pouvoirs publics correspond à une aspiration légitime de beaucoup de citoyens. Maintenant, on ne peut à la fois financer les cultes, payer les ministres du culte et ne pas pouvoir exercer de contrôle dans leur nomination. Je suis en faveur de l’instauration d’un contrôle plus strict, non du contenu dogmatique bien sûr, mais du respect des normes de droits et de la façon dont l’argent et dépensé ».
Initiatrice du Réseau d’Action pour la Promotion d’un Etat Laïque, Nadia Geerts voit les choses d’un autre œil : « La laïcité politique implique une séparation totale entre l’Eglise et l’Etatet l’absence de financement des cultes par l’Etat » estime-t-elle. « La situation actuelle a pour revers le fait que l’Etat juge finançables ou non, et donc fréquentables ou non certains cultes. A l’époque, l’église catholique palliait certaines défaillances de l’Etat, remplissant donc une utilité sociale. S’il y a des écoles catholiques aujourd’hui, ce n’est plus parce que l’Etat ne compte pas assez d’écoles. Il y a une injustice criante actuellement : l’église catholique reçoit 85% du budget des cultes. Alors nous avons deux options : revoir la clé de répartition ou remettre en question le principe même du financement. Le budget de la Communauté française n’est pas extensible à l’infini et il ne faudrait pas qu’on en arrive à devoir choisir entre financer le salaire des curés ou celui des instituteurs ! ».
Nadia Geerts se montre toutefois pessimiste quant au changement des mentalités : « On va plutôt en Belgique vers un impôt dédié, que les gens choisiraient d’allouer à l’un ou l’autre culte, ce qui correspond toujours indirectement à un financement de l’Etat mais selon une clé de répartition plus juste ». Le sujet demeurerait-il encore tabou en Belgique ? « Une réforme complète reviendrait en effet à s’attaquer en premier à l’Eglise catholique et à relancer la guerre scolaire, ce qui n’est pas une mince affaire ».
Géraldine Kamps
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la situation.