Le génocide arménien : des mots pour le dire

Auteur du Grand retour de Boris S. joué dans de nombreux pays, Serge Kribus a longuement travaillé la question de la transmission dans ses pièces. Il raconte sa découverte de l’ouvrage d’Annie Agopian et invite le 4 février au CCLJ adultes et enfants à venir écouter ce texte rare et puissant. 

 
A l’occasion de la réédition de sa pièce Le Murmonde, dans une collection pour la jeunesse, son éditeur demande à Serge Kribus à quel illustrateur il souhaite être associé. Quelques librairies plus tard, son regard est captivé par la couverture de l’album Le trou. Il tourne trois pages, rentre avec l’ouvrage chez lui, absorbe les images, plonge dans le texte, pleure, rit et referme le livre dans un état de choc. « C’était  beau, simple, vrai, drôle et profond », rapporte-t-il. C’est résolument avec Alfred, l’illustrateur de ce livre, qu’il veut travailler. Ce dernier accepte.
Par ailleurs, au cours d’un atelier qu’il anime, Serge Kribus lit Le trou à des enfants entre 10 et 12 ans. Les enfants sont tous captivés. Serge Kribus écrit à l’auteur, Annie Agopian, et lui fait part du succès de l’entreprise. Annie Agopian l’invite alors pour une lecture publique au Salon du livre de Toulouse. Serge Kribus y rencontre l’auteur, l’illustrateur et Haïk Gouchtchian, un jeune musicien qui joue du duduk, une flûte arménienne à anche double en bois d’abricotier, qui accompagne la lecture. Composé d’adultes et d’enfants, le public est bouleversé. 
A la question « Pourquoi pleurez-vous dans cette histoire ? », Serge Kribus répond : « J’aurais sans doute aimé qu’un adulte m’adresse ces paroles-là, à moi enfant. Nos parents étaient souvent incapables de parler et de raconter leur vie. Par la suite, beaucoup d’entre eux ont justifié leur silence et affirmé avoir voulu épargner leurs enfants. Evidemment, ceux qui n’ont pu parler n’ont épargné personne parce que les enfants savent tout. Et que de toute façon, le silence est le bruit le plus fracassant qui soit. Si on veut vraiment  épargner les enfants, il faut dire la vérité. C’est la vérité qui aide les enfants à se construire et leur permet de vivre. Ce n’est pas simple. Il faut choisir les mots et mesurer les paroles, peut-être avant tout en soi. Ce n’est pas simple, mais ce n’est pas non plus si compliqué. Le trou raconte ce processus ».
Voit-il dans la soirée du 4 février une occasion de faire le lien entre les Juifs et les Arméniens ? « Je vois des liens entre les individus qui racontent les expériences de leur vie. Les événements produisent en nous l’étonnement, le vertige, la peur, la colère, le chagrin, le trouble. Nous ignorons souvent ce que les émotions signifient et nous sommes tentés de les ignorer. Mais nous n’y arrivons pas. C’est ce besoin de sens que les individus partagent et c’est sur ce désir qu’ils tissent des liens. Ecouter une histoire qui n’est pas la nôtre, c’est aussi entendre autrement notre propre histoire et découvrir de nouveaux liens ».
 
L’auteur : Annie Agopian est une écrivaine française née au Cameroun en 1956. Elle vit son enfance entre Madagascar et Aix-en-Provence. Elle fait des études supérieures de psychologie à Montpellier, où elle donne naissance à ses deux enfants, Léa et Théo. Elle écrit d’abord pour la publicité, puis publie en 1993 son premier album pour la jeunesse. Installée aujourd’hui à Toulouse, elle anime également des rencontres-lectures en classes primaires, ainsi que des ateliers d’écriture pour enfants, jeunes et adultes. Elle travaille principalement pour les éditions Didier jeunesse et les éditions du Rouergue. Elle est l’auteur, entre autres, de Siam et Maïs, Le billet bleu, Au petit bonheur la chance, Ange, Dans 3500 mercredis, Planète dimanche, Nioui et Ninon, Le jeu de cette famille
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