Annuler les condamnations des « inciviques » et indemniser les descendants des « victimes », tel est, en résumé, le contenu de la proposition de loi que le VB voulait voir « prise en considération » par la Chambre des Représentants.
On notera l’absolue modernité de l’idée et à quel point elle est en phase avec les préoccupations actuelles de la population. Mais on sait que l’extrême droite flamande ne se lasse pas de réchauffer sa vieille soupe dans la même marmite crasseuse.
Que la NVA soutienne cette proposition n’est pas non plus une surprise au vu de ses positions… ambigües, disons, sur les années 30 et 40. De même pour le CD&V, qui continue à courir derrière Bart de Wever, sans doute de connaître cette autre maxime de le Pen qui veut que « les gens préférèrent toujours l’original à la copie ».
Plus étonnant est l’appui de l’Open-VLD. Que viennent donc faire les libéraux flamands dans cette galère ? « Défendre la liberté de débattre », répondent-ils en substance. Quelqu’un a attaqué cette liberté ? Où ? Quand ?
Quoi qu’il en soit, ce sont pas moins de 70 députés flamands sur 88 qui ont approuvé l’inscription de ce projet à l’ordre du jour de la Chambre. Seuls les socialistes de la SP.a et les écolos de « Groen ! » ont sauvé l’honneur de la Flandre en s’y opposant.
Car c’est bien de cela qu’il s’agit. Le VB ne demande pas que l’on répare l’une ou l’autre injustice qui aurait pu se produire après la Libération. Il prétend effacer « les condamnations infligées du fait d’actes d’incivisme prétendument commis entre 1940 et 1945 » et, si déjà, indemniser les victimes (ou leurs descendants) « pour le préjudice financier qu’ils ont subi ».
Dit en bon flamand (en bon français aussi d’ailleurs) : ceux qui soutenaient les nazis avaient raison. Et donc, la Flandre insoumise, la Flandre résistante, la Flandre justicière avait tort. Tort de s’être battue pour la démocratie, tort d’avoir condamné leurs ennemis et encore tort d’avoir généralisé.
Une justice « bornée, aveugle et haineuse » ?
Car, explique le VB, « on ne saurait assimiler tous les collaborateurs à des délateurs ou des tortionnaires ». En plus, ils avaient des circonstances atténuantes dont la moindre n’était pas « l’incorrection dont a fait preuve l’Etat belge à l’égard du peuple flamand ». (Ils n’ont frappé personne. D’ailleurs, ils n’ont pas tapé fort. Et en plus, ils avaient été provoqués).
Au demeurant ce que ces pauvres collabos ont fait est-il si grave ? Certes, ils ont trahi leur pays et leur peuple. Ils ont surveillé, pillé, traqué leurs compatriotes. Ils les ont aussi dénoncés, torturés, tués. Ainsi que les Juifs, qu’ils ne considéraient pas comme tels.
Ils se sont également engagés dans l’armée allemande pour anéantir la Russie soviétique. Mais quoi, tout cela partait de bonnes intentions : c’était pour protéger la Flandre et le Christ des communistes, des athées et des Francophones…
Moyennant quoi, une justice « bornée, aveugle et haineuse » les a atrocement persécutés après la guerre. Et maintenant on refuserait un peu d’argent à leurs enfants pour qu’ils puissent fleurir la tombe de ces malheureux ?
La proposition de loi du VB a été rejetée par le Parlement, 68 voix contre 57. Mais ils essayeront encore et encore. Jusqu’à ce que la Flandre se décide à ne plus absoudre les crimes de son passé sous prétexte qu’ils ont été commis au nom d’un nationalisme dévoyé. Ou que l’extrême droite y revienne au pouvoir.
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