Comment les écolos voient la laïcité

Nous publions ci-dessous des extraits d’un texte paru dans Libération* et rédigé par Eva Joly, députée européenne, Noël Mamère, député français (tous deux pour Europe Ecologie-Les Verts) et Esther Benbassa, historienne et universitaire. Une intéressante réflexion qui vaut aussi pour la Belgique.

 
Le thème de la laïcité revient au centre du débat politique. Mais l’a-t-il jamais quitté ? Il hante depuis des années le cœur du nationalisme (ré)émergent des pays européens et la France ne fait l’impasse sur aucune de ses déclinaisons possibles.
De la loi contre le port de signes religieux distinctifs à l’école à celle interdisant la burqa, des «émeutes de banlieue» et des prières de rue devenues les symboles d’un islam d’«occupation» à la dénonciation en boucle du «terrorisme musulman», nous remâchons notre incapacité à sortir d’obsessions entretenues avec art par la droite et l’extrême droite.
La campagne présidentielle qui s’annonce risque fort d’exacerber un peu plus ce genre de passions, faute de projets politiques et économiques susceptibles de donner de l’espoir aux Français, plongés dans le pessimisme. (…)
La laïcité est une noble idée, susceptible de faire cohabiter, dans un même espace et dans le respect de chacune d’elles, des religions et des cultures différentes, et de garantir l’accès de tous sans distinction à une citoyenneté responsable.
La République est une construction majestueuse, mais qui perd pied parce qu’elle n’a pas su tenir ses promesses. Qui croit sérieusement qu’elle incarne aujourd’hui la liberté, l’égalité et la fraternité ?
Nous pouvons pourtant encore sauver et la laïcité et la République, à condition qu’elles soient revisitées, qu’elles cessent d’appuyer un nationalisme exclusiviste et stérile, et servent au contraire à créer les conditions d’une socio diversité féconde. (…)
Le nationalisme est un anachronisme dans un monde où la globalisation ne concerne pas seulement l’économie, mais touche chacune des strates de sociétés en perpétuel mouvement, y démultipliant les contacts, les échanges, les brassages.
Ces mutations, ajoutées à la crise que nous traversons, suscitent naturellement des réactions en retour. Et elles sont inévitablement porteuses d’antagonismes.
Reste que, dans un tel environnement, la mobilisation du dynamisme des populations venues d’ailleurs, désireuses de réussir, est plus que jamais une urgence. Si les monocultures appauvrissent les sols, elles assèchent aussi les nations.
Une laïcité raisonnée qui reconnaisse la part de l’appartenance ethnique, culturelle, religieuse, linguistique, une République équilibrée en harmonie avec la mixité réelle, tels peuvent être les moteurs d’une société active et créative. (…)
Si l’on observe des replis communautaires chez les minorités, c’est aussi parce qu’on les empêche de s’enraciner, de produire librement des citoyens «utiles» aux nations dont elles sont partie intégrante (…)
L’école, l’habitat, l’emploi, l’entreprise, l’université peinent à devenir ce qu’ils devraient être : le creuset naturel d’une diversité positive. Sans minimiser les obstacles, il est pourtant possible, à condition de le vouloir, de créer un écosystème du mieux-vivre-ensemble pour réparer un tissu social déchiré par tant d’années d’incompréhensions mutuelles.
Pour défaire peu à peu, dans l’imaginaire comme dans le réel, ces frontières – entre ceux du «dedans» et ceux du «dehors», entre «eux» et «nous» – imposées par ceux qui excluent, mais désormais souvent assumées, voire revendiquées par beaucoup de ceux-là mêmes qui sont exclus.
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