Alors, que faites-vous ?

Allez, un petit jeu : justice a enfin été rendue à vos talents et vous êtes devenu un des maîtres du monde. Vous êtes Barack O. Félicitations. Sauf qu’il y a une crise majeure, là. Des émeutes de plus en plus violentes en Egypte. Que faites-vous ?

 
Le plus important Etat arabe semble menacé d’explosion. En tant que « POTUS » (Président Of The United States) que faites-vous ? Vous soutenez votre vieil allié Moubarak ? Vous appuyez les revendications populaires ?
 
Vos conseillers vous ont, bien sûr, remis un tas de fiches : importance de l’Egypte sur l’échiquier moyen-oriental. Risques d’explosion. Danger de contagion. Conséquences politiques, économiques, diplomatiques de l’une ou l’autre décision.
 
Répercussions sur votre électorat. Signal envoyé à vos alliés, vos ennemis, aux autres. Votre image. Celle de votre pays. Celle de « l’Occident ». Décision urgente recommandée. Alors, que faites-vous ?
 
Vous avez vos valeurs. Que vous soyez démocrate ou républicain, ce sont d’ailleurs, en théorie, les mêmes : le gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple. Vous soutenez donc la population égyptienne contre une dictature, certes pas trop sanglante, mais corrompue autant que vermoulue.
 
Comme en Tunisie. Basta, le Moubarak. Sauf que de votre point de vue, la Tunisie, c’est « peanuts ». Petit pays dans un coin relativement tranquille. Peu d’influence. Risques révolutionnaires limités. Dangers minimes pour les intérêts américains.
 
Alors que l’Egypte… Position centrale dans l’arc des crises. Pivot entre le Machrek et le Maghreb. Entre Israël et les monarchies pétrolières. Entre l’Afrique et le Moyen-Orient. Et surtout, un parti islamiste puissant : les Frères musulmans, qui ont inspiré quasi tous les autres. Alors, que faites-vous ?
 
Vous soutenez Moubarak. C’est un dictateur, mais c’est votre dictateur. Qu’il remette de l’ordre chez lui. Oui, mais cela veut sans doute dire des centaines de morts, des milliers de blessés, des dizaines de milliers d’emprisonnés. Vous entendez déjà les médias.
 
Entre le mauvais et le pire
 
Alors, Président, vous êtes pour la démocratie et la liberté dans le monde sauf quand cela ne vous arrange pas ? Autre interpellation : est-il vraiment efficace de balayer les symptômes et de garder la maladie ?
 
Et si la toute-puissante armée égyptienne ne suivait pas ? Si elle remplaçait un général/ président par un autre ? Mieux (ou pire) si elle s’alliait au peuple, comme en Tunisie ? Vous perdriez sur tous les tableaux. Alors, que faites-vous ?
 
Décidément, il faut soutenir le peuple. Sauf qu’il y a le précédent de l’Iran. A part qu’il s’agissait d’Iraniens chiites et non d’Arabes sunnites, la situation était similaire : le Shah d’Iran était un dictateur, un vrai celui-là, aux mains couvertes de sang. Mais c’était votre homme.
 
Votre prédécesseur, Jimmy Carter, l’a lâché. On connaît le résultat : l’Iran est devenu une théocratie brutale et dangereuse, un des pires ennemis de la démocratie. Et le peuple iranien souffre encore davantage que sous le règne des Pahlavi.
 
Comme tous les maîtres du monde, vous découvrez donc que gouverner, c’est choisir entre le mauvais et le pire. Sauf que le pire peut se révéler passable (mais rien n’est moins sûr) et que le mauvais pourrait bien devenir pire. Ce qu’on fait ? Nous, on remercie les électeurs de ne pas être au pouvoir. Et vous, les internautes, que faites-vous ?
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