Le voyage du directeur des ressources humaines

Après La fiancée syrienne (2004) et Les citronniers (2008), Eran Riklis signe aujourd’hui Le voyage du directeur des ressources humaines. Le film a obtenu les Israeli Academy Awards du meilleur film 2010 (meilleur réalisateur et meilleur scénario) et le prix du public au Festival de Locarno. Bientôt sur nos écrans.

 
« Je suis israélien, mais je pense vraiment que je suis au “service” du monde entier; j’aime bien l’idée de pouvoir toucher des spectateurs partout dans le monde, et que mes films suscitent l’émotion ou le rire chez des gens de tous horizons. C’est tout ce qui me pousse à faire du cinéma ». Né à Jérusalem en 1954, Eran Riklis a grandi au Canada, aux Etats-Unis, au Brésil et en Israël. Il travaille dans le cinéma depuis 1975. Il a réalisé plus de 300 spots publicitaires et films d’entreprise. Il a signé de nombreux téléfilms et séries. En 1984, il tourne son premier long métrage, On a Clear Day You Can See Damascus. Suivront six autres films. Il tourne actuellement en Allemagne son nouveau film Playoff, qui raconte l’histoire du légendaire entraîneur de l’équipe israélienne de basket-ball, Max Stoller, et de sa « trahison » à la fin des années 70…
 
La vie des gens
Le voyage du directeur des ressources humaines est son huitième long métrage. Rien ne va plus pour le Directeur des Ressources Humaines (DRH) de la plus grande boulangerie de Jérusalem : sa femme l’a quitté, sa fille le boude et il est empêtré dans un travail qu’il déteste. Il doit rapatrier en Roumanie le cercueil d’une jeune employée, victime parmi d’autres d’un attentat-suicide. Fait bien embarrassant : personne à la boulangerie n’avait remarqué l’absence de la jeune femme ! C’est par un article dans la presse, accusant l’entreprise de gestion indifférente et inhumaine, que le DRH (Mark Ivanir, formidable, que l’on a vu notamment dans La Liste de Schindler) est informé du problème. Il faut donc trouver une solution, et le DRH est désigné pour accompagner le cercueil de Yulia Pétraché dans sa famille en Roumanie. Il se trouve alors directement aux prises avec le jeune fils de Yulia, un adolescent sauvage et mal aimé qui ignore encore l’accident. Que dire à son ex-mari brutal et abruti ? Comment retrouver la mamie, au fin fond de son village roumain ? Et qui doit signer la fameuse décharge du permis d’inhumer ?
C’est le début d’un formidable ‘Road Movie’ qui l’entraîne des rues de Jérusalem à la glaciale Roumanie. Eran Riklis a toujours eu l’habitude de s’intéresser à la vie des gens. Dans Les citronniers, Hiam Abbas incarne cette formidable Salma qui se bat contre le ministre israélien de la Défense pour sauver sa plantation de citronniers, qui d’après le ministre, son voisin, menacerait sa sécurité. Dans La fiancée syrienne, une jeune femme, Mona (Clara Khoury), doit épouser une vedette de la télévision syrienne. Elle sait qu’une fois entrée en Syrie, elle ne pourra plus jamais revenir dans son village du Golan occupé par Israël depuis 1967, et donc ne pourra plus revoir sa famille.
Avec Le voyage du directeur des ressources humaines, adapté d’un roman éponyme d’A. B. Yehoshua, c’est le personnage incarné par Mark Ivanir qui est au centre du film. Un peu pitoyable et un peu lâche, il n’assume aucune de ses responsabilités, ni dans sa famille, ni dans son travail. La mort de Yulia et le voyage « forcé » du DRH en Roumanie seront en quelque sorte un périple initiatique; ce voyage lui permettra de se découvrir, ou de se redécouvrir. Il se réconciliera avec lui-même, sa famille, son entourage. Au lieu de fuir son quotidien, il apprend à accepter la réalité telle qu’elle est. Grâce à ce voyage, il va devenir un homme meilleur.
 
Un regard sur le monde
Le voyage du directeur des ressources humaines est un film riche qui aborde divers sujets touchant à Israël. Grâce au DRH, nous découvrons la Roumanie et le problème de l’immigration, crucial dans ce pays. Là où des gens comme Yulia pensent découvrir en Israël ou à l’étranger une « terre promise », du travail pour survivre, ils ne trouvent souvent que détresse et souffrance. Ce sujet est en fait le point de départ du film. Comme dans ses films précédents, Riklis parle de la société israélienne sous différents angles – politique, social et personnel. Si son dernier film semble à première vue moins engagé, nous dit Riklis, il l’est tout autant que les deux précédents, car il fouille la psychologie israélienne et s’intéresse
au regard des Israéliens sur les étrangers -arabes ou non- et sur le monde.
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