Le cadeau du roi Salomon tel que le vent l’a raconté

Un jour, la huppe reçut du roi Salomon une couronne de plumes en reconnaissance de sa grande sagesse.*

Mais une tempête de vent éclata et la couronne de plumes s’envola. La huppe s’emporta contre le vent : «  Non seulement tu as arraché les toits des maisons, déraciné les arbres, fait tomber des nids remplis d’œufs et d’oisillons, déchaîné les mers, mais tu m’as aussi déchu de ma couronne, celle que m’avait offerte le roi Salomon pour ma sagesse ».
« Je suis désolé », lui répondit le vent, « mais c’est mon travail que de pousser les nuages, car sans moi, ils n’avanceraient pas, c’est mon travail aussi de faire tourner les ailes du moulin, car sans moi, il n’y aurait pas de farine et donc pas de pain. Mais c’est vrai que j’y suis allé un peu fort ».
« Tu vas donc devoir m’aider à retrouver les précieuses plumes de ma couronne », lui dit la huppe.
Le vent ne se fit pas prier. Il gonfla ses joues cette fois pour appeler les oiseaux. « Auriez-vous vu des plumes dans votre nid ? », leur demanda-t-il.
Le silence de la forêt répondit à la huppe : « Je suis désolé, ma très chère, mais aucun… ». Il n’eut pas le temps de terminer sa phrase. Un merle moqueur sautilla en s’approchant d’elle : « Je sais où sont tes plumes. Hé ! Hé ! J’ai survolé un château. Toutes les pièces étaient plongées dans l’obscurité sauf une. Je me suis posé sur le rebord de la fenêtre et j’ai vu, hé, hé, une princesse endormie. Sur sa couronne étaient posées les plumes de ta couronne. Hé ! Hé ! ».
La huppe et le merle, poussés par le vent, survolèrent le château et se posèrent sur le rebord de la fenêtre. La princesse était maintenant réveillée, mais sur sa couronne, point de plumes.
Déçue, la huppe était sur le point de s’envoler lorsqu’un escargot sur le rebord de la fenêtre lui dit : « Tu trouveras tes plumes dans un terrier de lièvre, au pied de cet oranger ».
La huppe, impatiente, attendit que le lièvre montre le bout de son nez : « Les plumes, hélas, j’ai dû les abandonner au chasseur qui courait après moi pour me tuer ». Il avait à peine achevé sa phrase qu’en une seconde, effrayé, il rentra dans son terrier.
Devant la huppe se tenait maintenant un chasseur sur son cheval. « Ne me tue pas, chasseur. Je veux seulement retrouver les plumes de ma couronne. Les aurais-tu vues ? »
« Pose-toi sur mon épaule ». Il galopa des jours et des nuits, des semaines, des mois jusqu’à ce qu’ils arrivent devant un palais. C’était le palais du roi Salomon, à Jérusalem. Il l’attendait.
« Huppe, si je t’ai offert jadis cette couronne de plumes, c’était pour te rappeler que ta sagesse est aussi grande que la mienne. Rappelle-toi. Tu les as perdues, puis cherchées, puis retrouvées, pour que tu te souviennes que la sagesse n’est ni une question de couronne ni de plumes et que rien n’est acquis. Tu l’as compris ». Alors, le roi Salomon descendit de son trône et remit la couronne sur la tête de la huppe. Encore une fois, elle s’inclina devant ce grand roi d’entre tous les grands rois de tous les temps.
 
Référence à l’histoire « Le palais en becs d’oiseaux » du recueil 15 contes juifs du monde entier, d’Howard Schwartz et Barbara Rush, éditions Flammarion.
]]>