Donc, le général Yoav Galant ne sera pas le prochain chef d’Etat-major de Tsahal. Une sombre histoire de magouille immobilière. Mais avec tous les bouleversements actuels, ce genre de « plotkès » (« potins » en yiddish) a-t-il vraiment de l’importance ? Hélas, oui.
Toute l’affaire avait mal commencé : le mandat de quatre ans du général Gaby Ashkenazi à la tête de l’armée israélienne s’achevait ce mois-ci. Comme c’est son privilège, le ministre de la Défense, Ehoud Barak, avait désigné pour lui succéder le Général Yoav Galant.
Immédiatement, un scandale avait éclaté : Galant aurait fait circuler des documents dénigrant ses concurrents. Il avait été innocenté, mais cela faisait désordre. D’autant que pesait aussi sur lui l’accusation de s’être accaparé des terres publiques voisines du moshav (communauté agricole coopérative) où il habitait.
Nouvelle enquête. Et bang ! Ce 1er février 2011, le Procureur général de l’Etat déclare qu’il ne peut pas « défendre juridiquement la nomination de Galant ». Exit le général. On peut bien sûr se dire que tout cela n’a guère d’importance : Israël ne manque pas de généraux.
D’autre part, cela prouve que le système fonctionne bien. La police a enquêté, la Justice a condamné et le gouvernement s’est plié à sa décision. Mais on peut aussi être inquiet. Cet incident n’est que le dernier en date d’une série de scandales financiers ou sexuels impliquant la classe dirigeante israélienne.
Comme le Président Moshé Katsav, les Premiers ministres Ariel Sharon et Ehoud Olmert, les ministres Ehoud Barak, Haim Ramon et Tzahi Hanegbi, le chef d’Etat-major Dan Halutz, le chef de la police, Moshe Karadi, le directeur du fisc, Jacky Matza…
Sans parler des pillages, détournements ou vols des deniers de l’Etat par les ultra-orthodoxes. Ni de tous les scandales encore en gestation. Certes, la gravité des infractions commises est variable. Ehoud Barak, par exemple, n’a pas détourné des millions façon Ehoud Olmert,
Il a « seulement » gaspillé des fonds publics et employé illégalement une Philippine. De même, Haïm Ramon n’a pas, comme Moshé Katsav, violé plusieurs femmes. Il a « juste » embrassé « agressivement » une secrétaire.
Servir ou se servir ?
Reste qu’à petite ou grande échelle, l’élite dirigeante tend à se servir plutôt qu’à servir l’Etat. Au mieux, à estimer que la règle commune ne les concerne pas. Une façon de faire ou de penser quasi inconcevable voici quelques décennies. Qui aurait jamais soupçonné Ben Gourion, Golda Meïr ou Menahem Begin d’enrichissement personnel ? Là encore, on peut considérer qu’il s’agit d’une dérive générale de toutes les démocraties, spécialement celles où triomphent l’individualisme et l’ultralibéralisme.
Mais on est aussi libre d’y voir le symptôme d’une société en perte de valeurs et de repères. Une société dont le seuil de tolérance au mal ne cesse de diminuer. Qui depuis bien trop longtemps laisse se commettre en son nom des faits bien autrement plus graves que des détournements de fonds.
Voler les terres des Palestiniens de Cisjordanie, rendre leur vie quotidienne infernale, expulser des familles de leurs maisons, emprisonner, battre, blesser, tuer des civils, hommes, femmes, enfants. Qui peut croire que tout cela puisse se faire impunément ?
Même si les Palestiniens en sont les premières victimes, toutes ces violences frappent aussi les Israéliens. Israël est malade de l’occupation, comme d’un cancer qui le gangrène peu à peu. Et le poisson ne pourrit-il pas toujours par la tête ?
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