Yann Arthus-Bertrand et 6 milliards d’Autres

Yann Arthus-Bertrand avait déjà longuement survolé la planète. Le voilà à présent riche de paroles humaines. Un projet de cinq ans, mené dans 78 pays à travers le monde. Avec quelque 5.600 personnes qui répondent à des questions universelles : « Qu’avez-vous appris de vos parents ? Etes-vous heureux ? Quelle est votre plus grande peur ? Quel est pour vous le sens de la vie ? ». A voir et à écouter attentivement jusqu’au 3 avril 2011 à Tour & Taxis.

 
D’où vous vient cette curiosité, ce goût de la découverte ? J’aime essayer de comprendre et je suis curieux, c’est vrai. Aujourd’hui, notre vie quotidienne dépend de ce qui se passe dans le monde. On ne peut plus vivre en Franco-Français ou en Belgo-Belge. Notre vie quotidienne dépend des autres, c’est un phénomène tout à fait nouveau. On dépend de ceux qui fabriquent notre portable en Chine, de ceux qui extraient notre essence en Arabie saoudite, et donc, c’est intéressant de savoir ce qu’ils pensent. Mon métier à moi consiste à essayer de faire avancer le monde à travers ce que je filme et ce que je montre à la télévision. Pour comprendre le monde, on ne peut faire autrement que de s’intéresser à lui. « La Terre vue du ciel » m’avait déjà montré le monde d’une façon différente. En parlant de déforestation, d’oiseaux, d’animaux, on arrive forcément à l’homme, et à ces questions : « pourquoi n’arrive-t-on pas à vivre ensemble ? », « comment cela fonctionne ? », « comment comprendre la pauvreté ? »… J’avais envie de faire parler les gens pour apporter quelque chose de plus que les images aériennes.
 
Pourquoi n’arrivons-nous pas à vivre ensemble ? Je pense qu’on ne s’aime pas assez, qu’on n’est pas assez à l’écoute de l’autre, cette exposition est d’ailleurs une écoute de l’Autre. Il n’y aura pas de développement durable réussi si l’on n’arrive pas d’abord à vivre ensemble. C’est évident et c’est primordial. J’ai entendu des gens à Paris dire : « J’aime plus les gens en
sortant de l’expo qu’en y entrant ». J’adore ça. Cette expo est un genre de miroir à nos peines, et je crois que c’est ensemble qu’on trouvera la solution.
 
Le principe d’une expo-vidéo nomade est assez neuf… Le départ est très basique, partir autour du monde et poser à tout le monde les mêmes questions, et en fin de compte, le concept paraît assez nouveau. On a fait quelques milliers d’interviews et c’est le nombre qui fait que cela devient intéressant. Parler du bonheur, de la tristesse, de la mort, des religions, de la haine, les thèmes choisis à l’avance se sont aussi imposés d’eux-mêmes, parce qu’ils sont universels. Ce sont des thèmes qui nous touchent tous : quand on parle de la mort d’un enfant, d’un divorce, du pardon, je crois qu’on est tous égaux à ce niveau-là. C’est une exposition qui fait ressortir ce qu’il y a de mieux en nous, même sur des sujets difficiles, même sur le Rwanda. Je pense que c’est une expo très positive.
 
Vous présentez à Bruxelles un supplément belge inédit. Les Belges ont-ils un concept de l’identité qui leur est propre ? J’ai demandé au cinéaste flamand Nic Balthazar de réaliser un module supplémentaire « 10 millions de Belges » pour mieux comprendre l’identité belge à travers les témoignages de Bruxellois, de Flamands, de Wallons et de Germanophones. On parle beaucoup aujourd’hui de ce qu’est « être belge ». C’est très intéressant pour nous de voir un pays si proche qui parle deux langues, avec autant de personnes qui ne parlent pas la langue de l’autre.
 
« Il faut être optimiste, car il n’y a pas d’alternative », dites-vous. Peut-on en savoir plus sur votre projet entre Israéliens et Palestiniens ? J’ai entendu quelqu’un dire à la radio : « Un jour, les Israéliens et les Palestiniens s’embrasseront sur la bouche ». Mais je le crois, oui. Un jour, la haine s’arrête, et heureusement. Quand vous survolez Jérusalem, vous vous dites que cette ville avec ce mur, ces mosquées, ces églises devrait être un symbole de paix, alors qu’elle est un symbole de guerre… Pour moi, c’est assez incompréhensible. On a la chance incroyable en Europe d’être passé au-dessus de beaucoup de choses. Les Allemands sont aujourd’hui les meilleurs amis de la France, un long chemin a été parcouru, donc pourquoi cela ne pourrait-il pas se produire en Israël ? Au printemps prochain, on travaillera sur la haine, pour voir comment elle s’installe, comme elle se cristallise et comment on en sort. On ira en Afghanistan, en Irak et en Israël-Palestine. Une grande émission est prévue sur France 2 lorsqu’on passera à 7 milliards d’habitants et je voudrais que ce projet y soit intégré.
 
Expo
Yann Arthus-Bertrand 
6 milliards d’Autres
Jusqu’au 3 avril 2011 à Tour & Taxis, Av. du Port 86c, 1000 Bruxelles.
Ouvert du lundi au vendredi de 9h à 17h, les week-end et jours fériés de 10h à 19h.
Infos : 02/ 549.60.49
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