La polémique Hessel

L’affaire semblait entendue, pour la droite juive du moins : avec ses violentes diatribes anti-israéliennes, Stéphane Hessel, 93 ans, ancien résistant, ancien déporté, juif par son père, devait être placé dans leur case, déjà bien emplie,  estampillée : « Juifs ennemis d’Israël»  Sauf que…

« Si tu ne peux pas contredire, tu peux toujours déformer ». Cette vieille stratégie de la droite juive a encore été appliquée ces derniers temps à Stéphane Hessel, coupable d’exprimer –et avec quel retentissement !- son indignation contre les brutalités de Tsahal.

Ont suivi les amabilités habituelles : « traitre », « antisioniste », « antisémite » « Juif honteux »  et autres « haine de soi ».  Et pas question, bien sûr, de répercuter les déclarations du vieux monsieur qui nuancent pourtant singulièrement ses propos. Pourquoi se compliquer la vie ?

Pourtant, à deux reprises au moins, Stéphane Hessel a expliqué avec clarté ses positions. La 1ère lors d’un débat avec Jean Daniel (Le Nouvel Observateur, 3-9//2/2011) : « J’ai le souvenir de la joie que j’ai éprouvée lorsqu’à l’unanimité, le Conseil de Sécurité de l’ONU a déclaré qu’enfin, après des siècles d’errance et de persécutions, les Juifs allaient avoir leur Etat »

On dira que bien de l’eau a coulé sous les ponts depuis 1947. Venons-en donc au présent : lors d’une conférence de presse à Strasbourg, ce 11 février, M. Hessel a expliqué (*)  qu’il avait été extrêmement choqué par l’opération « Plomb durci » de l’armée israélienne à Gaza (janvier 2009) : 

« Une force militaire énorme, la force israélienne, a commis un certain nombre d’exactions impardonnables, tuant 1.400 personnes, dont un nombre considérable de femmes et d’enfants, en blessant plus de 5.000. Cela a été un choc d’autant plus intense pour moi que j’ai toujours été un ami d’Israël 

J’applaudis à l’existence d’un Etat pour les juifs, mais lorsque le gouvernement d’un tel Etat se comporte comme cela, que des Israéliens, qui ont réussi à avoir un pays, se comportent de cette façon à l’égard de leurs voisins, c’est quelque chose qui, pour le juif, que je suis, est insupportable.

Par conséquent, si j’ai pris l’exemple de Gaza dans  ma brochure « Indignez-vous » ce  n’est pas, croyez-le bien, par manque de sympathie pour les Israéliens et pour les Juifs en général dans le monde, – j’en suis un -. (…)

Mais il faut qu’ils aient le souci de leur propre avenir, qu’ils sont en train de compromettre en faisant autour d’eux des massacres et des violences difficilement acceptables, difficilement pardonnables.

Quand on m’attaque là-dessus en me disant: « Vous êtes donc un ennemi d’Israël », je dis au contraire: « Je suis un ami d’Israël ». Et j’estime qu’il est encore possible que les gouvernants israéliens prennent la bonne orientation (…) et deviennent des voisins, amis, respectueux d’un Etat palestinien »

Ceci dit, M. Hessel aurait certainement dû expliquer sa position plus tôt et avec davantage de clarté. Cela aurait évité à nos amis de droite de prendre vapeur à en friser l’infarctus…

* : http://www.leparisien.fr/strasbourg-67000/stephane-hessel-souligne-qu-il…

 

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