Existe-t-il un profil type du couple mixte ? Comme l’homogamie sociale prévaut, des Juifs, des musulmans et des chrétiens d’un même milieu socioculturel sont amenés à se rencontrer. Le référent religieux ne détermine pas la formation de ces couples. Bien que l’échantillon sur lequel j’ai mené mes recherches n’est peut-être pas représentatif, ils appartiennent plutôt aux classes moyennes supérieures et ont généralement un niveau d’éducation élevé. On peut les ranger dans la catégorie des intellectuels urbains. Ils ont les moyens matériels et intellectuels pour mener une réflexion sur la transmission d’un patrimoine culturel. Ils sont soucieux d’élaborer un récit familial de leurs origines. Ils peuvent mobiliser les ressources nécessaires pour y arriver dans la mesure où ils attachent une importance considérable à la culture, considérée alors comme valeur fondamentale.
La transmission du judaïsme apparaît-elle comme une préoccupation importante pour les couples mixtes ? La question de la transmission revient systématiquement dans les discussions que j’ai eues avec eux. Comme il s’agit majoritairement d’Ashkénazes, leurs parents ont le sentiment de trahir la mémoire de leur famille disparue pendant la Shoah. Le mariage mixte n’est plus envisagé sous l’angle religieux, mais sous celui de la transmission d’un héritage qu’on peut qualifier de culturel. Cette préoccupation s’exprime à travers une question récurrente : « Que transmettons-nous à nos enfants pour que notre héritage culturel ne disparaisse pas ? ».
La conjointe ou le conjoint non juif ne risque-t-il pas d’être imperméable à la question de la transmission du judaïsme ? Non, car ils adhèrent à la démarche de leur conjoint juif. Ils sont d’ailleurs partie prenant de ce processus de réflexion sur la transmission de l’identité juive. On peut même observer que dans de nombreux cas, la conjointe non juive apparaît comme le moteur de la vie juive dans le couple et est amenée à jouer un rôle déterminant dans la transmission de l’identité juive.
Quand intervient la prise de conscience sur la transmission de l’identité ? Généralement lors de la naissance des enfants. C’est à ce moment que la question resurgit. Cela peut-être consensuel et le couple peut ainsi décider de célébrer les fêtes juives pour les enfants, comme cela peut devenir une source de conflit dans le couple : la circoncision peut susciter des discussions difficiles et parfois douloureuses au sein du couple mixte. Les enfants deviennent donc un révélateur du caractère mixte du couple.
Le judaïsme peut-il être une cause de divorce dans les couples mixtes ? Je ne le pense pas. Ils sont pour la plupart sécularisés. S’ils se séparent, c’est pour des motifs identiques à ceux de n’importe quel couple. La pratique religieuse n’est pas du tout au cœur de leur vie quotidienne. Ce sont des Juifs laïques, même s’ils ne se considèrent pas comme tels. La plupart d’entre eux ignorent même cette expression. Peut-être parce qu’ils sont très éloignés de la vie communautaire et des institutions juives. Cela ne les empêche pas pour autant de vouloir transmettre quelque chose de juif à leurs enfants.
Les conjoints d’un couple mixte ont-ils le sentiment de vivre une expérience particulière ? Non, car pour ces couples, la mixité et le métissage n’ont rien d’exceptionnel. S’ils ne se considèrent pas comme extraordinaires, ils ont en revanche le sentiment d’être plus tolérants. Ce qui n’est pas nécessairement vrai.
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