« Au nom de Dieu, partez » !

Les réussites de l’actuel gouvernement israélien se comptent sur un seul doigt : l’économie. Aujourd’hui, débordé par ses extrêmes, déchiré par ses contradictions, désavoué par son électorat, il agonise dans l’impuissance. Ne serait-il pas préférable pour lui de mourir dans la dignité ?

Arrivé au pouvoir en mars 2009, grâce à une improbable alliance entre les Travaillistes, la droite, l’extrême droite et les sectes ultra-orthodoxes, le 2e gouvernement Netanyahou est à bout de souffle.
 
Son bilan est rapide à dresser : un succès majeur, l’économie qui va mieux que bien. Certes, 22% de la population vit sous le seuil de pauvreté, mais selon le credo ultralibéral en vigueur, ce n’est pas cher payé pour que 78% d’Israéliens vivent bien.
 
Sinon, c’est l’échec partout : à l’extérieur, les ennemis potentiels se sont renforcés, aucun conflit n’est en voie de résolution. L’isolement du pays est quasi parfait. Israël n’a plus qu’un seul vrai allié, les Etats-Unis, mais grâce à des efforts soutenus, le gouvernement est presque arrivé à s’en débarrasser.
 
A l’intérieur, ce n’est guère mieux : les intégristes religieux rongent de leur mieux les fondements démocratiques d’un Etat qu’ils ne reconnaissent que du bout des lèvres : ils pillent les finances et débordent cette haine et ce racisme qu’ils disent être partie intégrante de la religion juive.
 
La semaine passée, il s’est même trouvé un rabbin pour appeler au « boycott » de la députée Einat Wilf, membre du nouveau parti d’Ehoud Barak, parce qu’elle est mariée à un non-Juif.
Ils s’opposent à la police, à la justice, à l’armée et multiplient les propositions de loi aussi rétrogrades qu’absurdes. Dernière en date, celle d’Ariel Attias (Shass), ministre de la Construction, qui voudrait que l’on paie un double salaire aux étudiants en religion pour les inciter à travailler…
 
Un gouvernement pétri de cohérence

 

Plus dangereux encore, les colons de Cisjordanie. Après avoir libéré le golem de l’extrême droite, le Premier ministre le voit à présent se retourner contre lui. Il est vrai que, non sans mal, Benjamin Netanyahou se met au principe de réalité.

 

Ainsi a-t-il découvert que le concept du « Grand Israël » mène directement à un Etat binational qui, affirme-t-il à présent, « serait un désastre ». Cette lucidité à éclipses a suffi pour lui mettre à dos les colons. Voici quelques jours, sur son ordre, la police a démantelé trois petites implantations illégales, même à ses yeux.

Les colons ont résisté à l’autorité de l’Etat. Les policiers en ont tabassé quelques-uns et arrêté d’autres. Dans leur langage nuancé coutumier, les colons ont hurlé au fascisme. Hier, ils ont  décrété une « Journée de la colère » et manifesté un peu partout dans le pays, en criant que « des Juifs ne devaient pas déporter des Juifs ».
 
D’autres colons ont pratiqué ce qu’ils appellent « le prix à payer » qui consiste à s’en prendre aux Palestiniens de Cisjordanie dès qu’on agit contre les colonies. Ils ont détruit des voitures et lancé un cocktail Molotov dans une maison arabe. Peu de chose par rapport à leurs exactions habituelles.
 
De son côté, le ministre de l’Intérieur, le très honorable Elie Yshaï du parti ultra-orthodoxe Shass, a condamné l’action de sa propre police et déploré « la violence exercée contre des civils ». Au demeurant, on se demande de quoi tout ce beau monde se plaint.
 
Tout en détruisant ces trois « avant-postes », le même gouvernement Netanyahou, toujours pétri de cohérence, est en passe d’en légaliser 97 autres. Tout en peaufinant par ailleurs un projet d’accord intérimaire qu’il compte proposer sous peu aux Palestiniens. Le communiqué s’offusquant de leur refus est déjà prêt lui aussi.
 
Devant un tel spectacle, ne vient à l’esprit que cette phrase lancée par Olivier Cromwell au Parlement britannique en 1642 et que le député Léo Amery répéta au gouvernement de Neville Chamberlain en mars 1940 : « Voilà trop longtemps que vous êtes en place par rapport au peu de bien que vous avez fait. Partez et que nous en ayons fini avec vous. Au nom de Dieu, partez ! ».

 

 

 

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