Petit message de soutien à M. le Recteur de l’ULB

Cher Monsieur Didier Viviers,

Bien que n’ayant pas l’honneur de vous connaître, je vous plains sincèrement. A peine venez- vous d’être élu (le 7/12/2010) que vous voici déjà sommé de trancher une querelle entre un de vos chercheurs, M. Souhail Chichah et un de vos professeurs, M. Maurice Sosnowski.
 
Avez-vous conscience de vous trouver inexorablement piègé ? Si vous donnez raison à l’un, vous serez considéré comme un terroriste islamiste antisémite. Ou, à l’inverse, comme un sioniste colonialiste et génocidaire.
 
Inutile d’essayer de botter en touche avec un jugement de Salomon : vous révéleriez une mollesse, une lâcheté même, qui vous rendrait indigne de vos nouvelles fonctions. Bienvenue dans le conflit israélo-palestinien, mon pauvre ami.
 
Et tout cela pour un débat qui a eu lieu deux mois avant votre élection (le 20/11/2010) et auquel vous n’avez peut être même pas assisté ! Ceci dit, vous n’avez pas raté grand-chose. Comme vous le savez, il portait sur le thème de la liberté d’expression et plus spécifiquement sur la question « Est-il permis de débattre avec Dieudonné ?»
 
La discussion fut aigre et tendue, la salle houleuse, parfois haineuse. A la sortie, un journaliste affirma avoir été brutalisé par des nervis juifs. Le débat, se poursuivit et s’envenima sur Internet. Des propos racistes, misogynes, négationnistes furent lancés puis démentis.
 
Des sous-polémiques se déclenchèrent sur le mode : « Je n’ai pas dit ce que vous dites que j’ai dit et d’ailleurs vous êtes trop bête pour comprendre ce que je ne voulais pas dire ». On se plaignit d’être insulté, menacé de mort, voire agressé physiquement . Des plaintes furent déposées.
 
Jusqu’au dernier Israélien et au dernier Palestinien
 
Je ne sais pourquoi, Monsieur le Recteur je vous imagine comme Fabrice del Dongo à Waterloo, le regard effaré, observant sans bien comprendre. C’est que vous êtes tombé Monsieur, dans une guerre dont l’ULB n’est qu’un des champs de bataille.
 
D’autres combat se déroulent un peu partout que ce soit pour contrôler des institutions ou pour rallier à soi l’opinion publique. Les médias sont l’enjeu de luttes féroces, notamment les  page « Débats » de la Libre Belgique ou du Soir . Les amis de M. Chichah viennent d’ailleurs d’y publier une « Carte blanche » vous interpellant. Grand succès, même ses platitudes découragent la lecture. Jusqu’à l’inéluctable contre-attaque.
 
Peut être auriez-vous une chance de vous y retrouver si les deux armées étaient unies. C’est loin d’être le cas. Imaginez plutôt des tribus vaguement rassemblées contre l’ennemi commun mais se détestant entre elles.
 
Ainsi, est-il, dans « mon camp » , telles personnes à qui je ne serrerais pas la main et qui, de leur côté, me méprisent cordialement. Cet article même ne fera certes pas l’unanimité dans ma communauté ni même au CCLJ. En face, c’est la même chose. Entre chaque affrontement avec l’ennemi, on poignarde allègrement son voisin. Si beaucoup se battent pour une cause qu’ils estiment juste, nombre d’autres ont des « agendas cachés » comme on dit de nos jours.
 
D’aucuns ne soutiennent les Juifs que par haine des Arabes, ou les Arabes pour mieux faire passer leur antisémitisme. Certains y mêlent la lutte des classes, des visées religieuses , la guerre contre des conspirations mondiales…
 
Bien que je ne sois certes pas impartial dans ce combat -mais qui peut se vanter de l’être ?- puis-je vous suggérer un moyen de vous y retrouver dans ce dédale ? Comprenez qu’il  existe bel et bien deux camps mais que la ligne de démarcation qui les sépare ne passe pas où l’on veut vous le faire croire.  
 
D’une part, il y a -chez les Juifs comme chez les Arabes-, ceux qui veulent vaincre, écraser, anéantir le camp d’en face. Et qui, pour cela, sont prêts à lutter jusqu’au dernier Israélien et au dernier Palestinien.
 
De l’autre -chez les Arabes comme chez les Juifs-, il y a ceux qui veulent que ces peuples parviennent à un accord de paix qui les satisfassent tous les deux. Et qui sont disposés à affronter tous ceux qui, chez eux ou en face, s’y opposent.
 
Comme vous êtes recteur de l’ULB, je n’ai pas de doute sur le côté vers lequel vous pencherez, Cher Monsieur. Mais, hélas, cela ne suffira pas à résoudre votre dilemme actuel. Puisse donc la Raison, souveraine maîtresse en votre domaine -quoique si souvent bafouée ces temps-ci- vous aider à choisir entre le mauvais et le pire.

 

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