Où l’on découvre qu’on peut être étudiant et ignorant. Et où l’on voit que la bêtise fait aussi mal que la méchanceté. Et enfin, où on s’aperçoit qu’on n’a pas le même sens de l’humour que tout le monde.
Qu’on en parle aux dirigeants du Cercle Solvay et ils vous regarderont sans doute bouche bée : « Si on ne peut plus rigoler ! » s’exclameront-ils, mi-étonnés mis-indignés. Si on insiste, ils feront des excuses -même des officielles, s’il le faut-, pour qu’on leur fiche la paix.
Mais ils se diront in-petto que c’est bien vrai que les Juifs sont des emmerdeurs et qu’ils sont vraiment casse-pieds avec leurs histoires de génocide. Certains -pas tous, on l’espère- se dédouaneront à leurs propres yeux en songeant qu’avec tout ce qu’ils font en Palestine, ils feraient mieux de ne pas la ramener.
C’est vrai que, nous, les Juifs, on n’a pas le sens de l’humour. Même pour un baptême d’étudiants ! Pourtant, on sait ce que c’est. On l’a subi, nous aussi et on s’est vengé l’année suivante… Pas de quoi fouetter un chat.
Le « poil » comme on dit peut-être encore, fait subir mille petites avanies aux « bleus » : se rouler par terre, bouffer des saletés, brailler des insanités… Les garçons se retrouvent aussi cul nu parfois et les filles jusqu’où elles veulent bien aller.
Il y a une grande soirée, souvent « à thème », on écluse quelques tonneaux de bières, on rigole, on drague, on fait partie de la grande famille estudiantine, quoi. Et c’est comme ça depuis 1.000 ans, au moins.
Sauf que cette année, pour sa soirée, le Cercle Solvay a choisi un thème original sinon malin : ils ont fait dans le nazi. Drapeaux à croix gammée, noms écrits en lettres gothiques dont le si hilarant « Arbeit macht frei » de l’entrée d’Auschwitz, vidéo de Hitler détournée par des sous-titres à mourir de rire, cinq gaillards en uniforme allemand tendant virilement le bras comme au bon vieux temps…
Ach, kolossalle plaisanterie ! Elle n’est pas neuve d’ailleurs. Déjà, en 2005, la presse britannique a publié une photo du Prince Harry himself avec un brassard nazi lors d’un bal costumé. C’est dire si l’exemple vient de haut. D’ailleurs, tout le monde a bien rigolé.
Pédophiles, vierges et obsédés de l’or
Sauf les Juifs donc, qui ont fait la tête, ces pisse-froids. Et les mêmes se sont braqués contre le dernier numéro du Caducée, le mensuel du Cercle Solvay. Là encore, c’était pourtant amusant, cet article sur la meilleure religion pour un étudiant : le christianisme n’a pas la cote avec ses prêtres pédophiles, même si la croix est bien utile pour chasser les vampires.
L’islam, avec son Paradis empli de vierges, c’est bien pour les puceaux, mais malheureusement l’alcool est interdit. (Soit-dit par parenthèse, c’est faux : le vin coule à flots pour les musulmans Là Haut). Le mieux, c’est en définitive le bouddhisme avec toutes ces vies supplémentaires.
Comme on le voit, une enfilade de banalités qui feraient à peine hausser le sourcil à un intégriste rabique. Sauf pour la religion juive. Là c’est du lourd : selon l’article, le judaïsme est la foi qui convient aux amateurs de complot mondial et à ceux « qui cachent de l’or dans une sacoche autour de leur cou ». Ceux-là sont invités à passer par les fours polonais (?) de la synagogue du quartier pour se faire ôter un bout de leur personnalité.
Ca dit quoi, cette soirée et ce texte ? Pas que les étudiants de Solvay sont antisémites. Ni « politiquement incorrects » Ni même méchants. Ca dit pire : qu’ils véhiculent les stéréotypes les plus débiles du moment.
Et qu’ils ne connaissent pas grand-chose, tout étudiants qu’ils soient. Qu’ils ignorent par exemple que sous l’Occupation, leur Caducée a été interdit et leur Cercle dissous par les Allemands. Parce que leurs aînés, eux, avaient vraiment le sens de la transgression.
Ou que c’est de l’ULB que partit la seule attaque lancée en Europe occupée pour stopper un train de déportés. Ou encore… Mais à quoi bon ? Ces vieilleries n’intéressent pas les guindailleurs bon chic bon genre de la School of Economics. En définitive, tout cela dit simplement que les comitards du Cercle Solvay sont de petits cons.
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