Le 5 mars 2011, le Centre culturel Omar Khayam organisait avec la Maison de la culture juive une rencontre musicale judéo-iranienne. L’occasion d’interviewer Ahmad Aminian, le président-fondateur de ce centre qui s’est fait le chantre de la diversité interculturelle.
C’est pour étudier les sciences économiques qu’Ahmad Aminian est venu en Belgique en 1974. Il sortira de l’ULB comme islamologue, historien des religions et philosophe ! D’origine iranienne, devenu en 1980 un opposant au régime de son pays, il s’établit définitivement en Belgique, aidant au sein d’un bureau de conseil juridique les réfugiés iraniens arrivant en nombre.
Suite à une réflexion menée par des étudiants iraniens de l’ULB sur les réponses apportées par la société belge à la problématique de l’immigration musulmane, réponses jugées « utilitaires et occupationnelles », le Centre culturel iranien de recherche et d’échange voit le jour en 1993. Avec cette particularité : « Toute approche doit être envisagée avec étonnement, questionnement et esprit critique », estime Ahmad Aminian.
Strictement communautaire dans un premier temps, bilingue persan-français, le centre s’ouvre très vite au monde, ses sections de recherche, artistique, littéraire et socioculturelle touchant un public de plus en plus large. En 1994, son colloque « Le langage, entre tradition et modernité » à l’ULB marque le développement d’un nouveau concep : « L’immigration, surtout issue de la civilisation musulmane, a une identité de “l’entre deux” », explique Ahmad Aminian, « avec une perversion à la fois des concepts modernes et des concepts traditionnels. C’était à l’époque une pensée très neuve au sein de l’immigration. Nous ne revendiquions rien. Nous disions : voilà la situation, comment dès lors envisager l’intégration ? Comment s’adapter tout en gardant notre personnalité ? ».
L’esprit communautaire se mue progressivement en un esprit universaliste. Un nouveau conseil d’administration est élu. « Je suis resté le seul Iranien », sourit Ahmad Aminian.
Le Centre iranien devient le « Centre culturel Omar Khayam », du nom de ce penseur mathématicien poète, musulman d’origine iranienne, « lui-même personnage de l’entre deux puisqu’il était à la fois scientifique et poète, vivant dans une société musulmane en étant pratiquement athée ».
Le « vomissement du malade »
Aujourd’hui situé à Uccle, dans l’ancienne Maison de la culture juive, le Centre culturel Omar Khayam se dit totalement indépendant, areligieux et humaniste. C’est sur le terrain qu’il joue désormais son plus grand rôle, comme opérateur de formations auprès des instituts de formation continue (IFC) de la Communauté française : il aide ainsi professeurs et futurs enseignants à mieux comprendre les jeunes issus d’autres cultures, à gérer les conflits, à lutter contre les préjugés et l’incivilité, en travaillant dans les quartiers avec les populations défavorisées et les écoles à discrimination positive.
Projet phare de l’association, l’exposition « Le voyage magique d’un certain zéro », créée il y a quatre ans et qui continue de tourner dans les écoles et les maisons de la laïcité, a reçu le 1er prix SCHOLA de l’ULB, en tant que projet novateur au niveau de l’éducation et de la citoyenneté. « Nous partons des chiffres “arabes” qui sont “indiens” en réalité pour dénoncer cette tendance à construire une identité sur des bases erronées », souligne Ahmad Aminian, « pour rappeler aussi que, comme le zéro, l’individu n’a de sens et ne donne un sens à l’autre qu’à partir du moment où il est accompagné. C’est la même chose pour les cultures ».
Chercheur au Centre interdisciplinaire d’étude des religions et de la laïcité (ULB), celui qui travaille aussi comme médiateur scolaire à la Ville de Bruxelles voit d’un bon œil les récents mouvements du monde arabe : « J’appelle cela le “vomissement du malade”, nécessaire pour retrouver une bonne santé. Je ne crois pas tout de suite à l’avènement d’une démocratie, car la culture démocratique n’existe pas dans ces pays, mais l’essentiel est d’avoir entamé le processus pour y arriver, même si cela doit passer par des attitudes autoritaires, voire islamistes, intermédiaires. Cela peut aussi avoir à terme une influence bénéfique sur l’Iran, en présentant un autre islam, dépouillé de ses éléments fascisants ».
Revenant sur son récent partenariat avec la Maison de la culture juive, Ahmad Aminian affirme : « Le musulman présent en Europe doit prendre l’expérience historique des Juifs comme modèle d’intégration à la culture occidentale. Les Juifs ont une expérience profonde de la migration, et c’est ce qui nous manque ». Le 20 juin 2011 au Théâtre Saint-Michel, la Maison de la culture juive organisera son 4e Festival des Musiques juives. Ahmad Aminian s’y est déjà inscrit comme bénévole.
Vendredi 8 avril 2011 à 20h
Les « révolutions arabes » au miroir des intellectuels et des médias européens
par M. Tahar Bensaada, politologue
Centre Culturel Omar Khayam,
144 av. Brugmann, 1190 Bruxelles
Réservation souhaitée : 02/513.20.43
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