Miral va à l’école

Miral, jeune héroïne du film éponyme, absorbe et prolonge les vies de Hind, Nadia et Fatima, trois femmes en quête de justice et de réconciliation, sur fond de conflit israélo-palestinien. Un rien cliché, l’intérêt demeure pour montrer ce qui se passe « en face ».

Le film s’ouvre sur la personne de Hind Husseini, une bourgeoise palestinienne qui se retrouve un jour de 1948, dans la rue, face à 55 orphelins des massacres de Deir Yassin. Surprise, elle décide de les emmener dans la propriété de son grand-père, lieu qui deviendra un orphelinat et une école pour enfants. C’est ainsi qu’est créé l’Institut Dar Al-Tifl. Hind Husseini consacre sa vie à y accueillir, protéger et instruire les enfants en un lieu sûr. Dans l’urgence et pour garder son indépendance, elle investit tout en fonds propres avant de faire appel à des dons privés. Peu de gens comprennent à cette époque sa vision des choses. En 1967, elle crée un lycée pour jeunes filles où, depuis, des milliers d’élèves sont passées. Seule une trentaine de lycéennes fréquentent encore l’Institut à ce jour. Hind Husseini avait vu dans l’Education la seule arme contre le terrorisme.

Le film s’attarde ensuite sur Nadia, jeune femme abusée, puis sur Fatima, une infirmière palestinienne emprisonnée pour tentative d’attentat. Quant à la jeune Miral, elle rejoint en 1983 Dar Al-Tifl, où elle grandit protégée. Envoyée à 16 ans comme enseignante dans un camp de réfugiés, elle découvre la colère et la révolte des siens, s’éprend d’un jeune homme activiste et se retrouve déchirée entre l’engagement auprès de son ami et la retenue prônée par son éducation.

Autour de Rula Jebreal

L’auteur et scénariste Rula Jebreal a nourri son récit de sa propre expérience. Elle y a changé les noms, réorganisé certains événements et s’est inspirée de plusieurs existences pour créer ses personnages. « Au Moyen-Orient, il n’y a pas de place pour l’imagination. On ne peut raconter que ce que l’on a vu de ses propres yeux. Chaque jour, cette terre vous oblige à choisir qui vous êtes et ce que vous avez à faire. C’est quelque chose qui s’impose à vous », précise-t-elle. Partie de Jérusalem pour l’Europe, elle a voulu renouer avec ses souvenirs et son identité, réconcilier son passé et son avenir. « Comme pour Miral », ajoute-t-elle, « il est venu un moment décisif dans ma vie où j’ai dû m’engager. Mais aujourd’hui, je peux dire que l’amour et les valeurs que m’a transmis Hind Husseini m’ont sauvé la vie. Par la suite, en tant que journaliste, témoin des conflits en Irak, en Afghanistan et au Pakistan, j’ai eu l’occasion de voir que l’éducation est incontestablement la meilleure arme qui soit ».

L’artiste-peintre et réalisateur Julian Schnabel, à qui l’on doit Le Scaphandre et le papillon, Avant la nuit et Basquiat, avoue, de son côté, qu’il ignorait énormément de choses à propos des Palestiniens avant de se rendre sur place, à l’occasion du film. « Les Américains ont besoin de voir ces choses. Parce que si moi, je n’étais pas au courant alors que je suis bien informé, ils ne doivent pas savoir grand-chose », relève-t-il. A la question « Est-ce que votre film est politique ? », Schnabel répond que tout est politique : « Dire quelque chose à quelqu’un est un acte politique, quel que soit le sujet ». Il nuance : « Il y a tant de points de vue divergents et contradictoires sur l’histoire de cette région que je me contente d’adopter le regard de Miral. Je ne suis pas un homme politique. Je suis un artiste. Ce n’est pas un pamphlet. Il s’agit d’un poème et d’un appel à la paix ».

Didactique, sans éviter quelques stéréotypes, le film brosse quelques beaux portraits de femmes. On ne peut qu’être ravi de découvrir l’existence et l’œuvre de Hind Husseini (1916-1994), interprétée par Hiam Abbass. L’Indienne Freida Pinto (Slumdog Millionnaire) prête ses beaux traits à l’auteur, la magnifique Rula Jebreal, et Alexander Siddig, le père de Miral, est loin d’être désagréable à regarder. A travers ce « conflit israélo-palestinien pour les nuls », Schnabel dépeint le chemin engagé d’une jeune femme en marche vers la liberté. Tourné en décor naturel, vibrant sur les cordes sensibles du violon, le film a aussi vu le jour grâce à la coopération d’une équipe d’Israéliens -juifs et arabes- et de Palestiniens.

Miral, un film de Julian Schnabel

en compétition au Venezia 67 Cinema 2010

1h47 – Sortie DVD le 19 mai 2011

Pathé Production

  

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