Ron Leshem, Niloufar, éditions du Seuil

Le jeune écrivain Ron Leshem a été reconnu mondialement pour son roman Beaufort. Après la guerre du Liban, il s’immisce dans l’intimité des corps amoureux. Ou comment un Israélien décrit des rebelles iraniens, assoiffés de liberté et de sentiments contradictoires.

« J’écris au lieu de vivre ». Que vous permet de vivre l’écriture ? Grâce à elle, je visite des lieux où je ne suis jamais allé, je vis demultiples vies et je découvre des expériences inédites. Si j’écris, c’est aussi pour toucher les gens. Les histoires permettent d’atteindre leur cœur. Vivre en Israël revient à se trouver dans une grande institution mentale : chacun y vient avec son exil et son désastre. C’est le paradis pour ceux qui adorent raconter des histoires ! Beaufortm’a permis de voyager dans 22 pays, mais on m’interroge sans cesse sur la politique d’Israël. Lorsque je me trouve dans mon pays, j’écris des articles critiques. Mais dès que je suis à l’étranger, où l’on me traite « d’ambassadeur », je défends cette terre aimée, même si elle fait des erreurs.

Pourquoi nous entraînez-vous en Iran ? En Iran, la vie est très sombre, mais on trouve des similitudes, surtout concernant la jeunesse. Mes arrière-grands-parents européens vivaient dans le passé, ma grand-mère était obnubilée par l’avenir, et ma génération est obsédée par le présent. Aussi ne se fait-elle plus d’illusions quant à un réel changement. L’écriture de ce roman a été une aventure incroyable. Il est le fruit de mon amitié avec trois Iraniens, rencontrés via internet. Lors d’une réunion à Paris, nous avons été frappés par nos ressemblances. Ayant perdu la foi en une évolution, ils plongent dans l’individualisme et les fêtes underground, tout en lisant plus de livres que nous, parce qu’ils sont interdits. Qu’aurais-je fait si j’avais vécu dans un pays ténébreux, plein d’interdits et de lois ? Aurais-je été tel que je suis ?

Votre héroïne Niloufar est une « princesse de liberté ». Que symbolise-t-elle ? Niloufar s’inspire de Laleh Seddigh, pilote de course de voitures mixtes en Iran. Elle se bat pour le droit des femmes, mais se plie aux règles pour éviter la prison. Le gouvernement la tolère, parce qu’elle donne une image positive. Dans ce pays, les femmes sont incroyablement fortes. Elles ont milité contre le Shah, en portant le tchador et la kalachnikov. Quand elles ont saisi le vrai visage de la révolution islamique, il était trop tard. Malgré leur désir de changement, elles sont privées de tout. Mon héroïne aime l’aventure. Son amoureux Kami aspire à la justice, mais elle préfère l’action et l’odeur du danger. Attachée à son pays, cette guerrières’accroche à ses batailles.

L’amour est-il l’ultime éveil à la vie ? Lorsque le monde autour de soi manque de sens, on se cramponne à l’amour et à l’amitié. Plus l’amour est interdit, plus il est romantique. Tout comme Kami, je suis un rêveur. Il n’est pas toujours facile d’être libre, mais en tant qu’Israélien, je ne peux pas perdre espoir, même si j’ai peur pour l’avenir. Parfois, le monde recule au lieu d’avancer… L’Iran est dépourvu de racines de liberté. Or, si on est privé d’outils pour la vivre, c’est dangereux. Centrés sur eux-mêmes, les jeunes Israéliens sont moins impliqués que leurs aînés. C’est pourquoi j’aimerais les réveiller avec mes histoires. Mon rêve ? Que ce roman soit traduit en persan, afin que mes trois compagnons d’écriture iraniens puissent lire leurs voix.         

En bref

Kami rêve d’une nouvelle vie. Il désire partir étudier à Téhéran, la ville de tous les possibles, avec son meilleur ami, Amir. Effrayé, ce dernier se laisse happer par les tentacules islamistes. Le héros poursuit sa route en s’installant chez sa tante, Zahra, ancienne star de cinéma, muselée par le régime iranien. Elle est entourée de personnages croustillants. Envoûté, Kami est séduit par la belle Niloufar, pilote de course, qui l’initie à l’amour et aux mœurs insoupçonnées d’une société underground. Un vent de liberté, presque hollywoodien, soufflesur ces destins flirtant avec le danger. « Si les promesses d’espoir sont plus fortes que les déceptions du présent et les cicatrices du passé, l’espoir renaîtra ».

 

  

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