Enfin une initiative de paix?

Pour la première fois, il se trouve des personnalités israéliennes pour prendre vraiment en compte « l’initiative de paix arabe » et y répondre par une « initiative de paix israélienne ». 

Il est rassurant de constater que l’autisme diplomatique du gouvernement actuel ne s’étend pas à l’ensemble du monde politique israélien. Cette semaine, une cinquantaine de personnalités ont en effet proposé une nouvelle initiative pour relancer le processus de paix.

Et il ne s’agit pas de doux rêveurs : on compte parmi eux Danny Yatom, ancien chef du Mossad, Yaacov Perry et Ami Ayalon, tous deux ex-directeurs du Shin Bet, le général Amnon Lipkin-Shahak, ex-chef d’état-major de Tsahal, Moshé Shahal, ex-ministre ou encore Amram Mitzna, lui aussi général et ancien numéro 1 du Parti travailliste et Youval Rabin, fils du Premier ministre assassiné.

Leur plan est en fait une réponse à « l’initiative de paix arabe »(dite aussi « plan Abdallah », du nom du roi d’Arabie saoudite qui l’a lancée) entérinée par la  Ligue arabe en 2002. (Un soutien renouvelé en 2007). Cette proposition offrait, grosso modo, une paix totale à Israël en échange d’un retrait total des territoires occupés en 1967.

Comme on a déjà eu l’occasion de l’écrire sur ce site, ce plan, toujours sur la table des négociations, marque la victoire définitive du sionisme : un Etat juif en Palestine vivant en paix -et donc en sécurité- avec ses voisins.

Mais depuis 2002, tous les Premiers ministres israéliens ont refusé de prendre cette offre en considération. Simplement, parce qu’à leurs yeux, la conservation de tout ou partie de la Cisjordanie passe avant la paix.

Cela n’a bien sûr pas été exprimé de cette façon : ces dirigeants se sont jetés sur le point 2 (b) de l’initiative arabe qui demandait « une solution juste et agréée au problème des réfugiés palestiniens conformément à la Résolution 194 de l’Onu (décembre 1948) ».

Or, celle ci réclame le retour de tous ces réfugiés dans leurs foyers, ce qui est, de fait, inacceptable pour Israël. Sauf que si ce plan avait vraiment suscité leur intérêt, les gouvernements israéliens successifs auraient pu user d’un moyen conçu spécifiquement afin de régler ce genre de problèmes.

On appelle cela la « diplomatie», terme peu connu, il est vrai, du ministère des Affaires Etrangères actuel. Celle-ci aurait permis -et permettrait encore- d’arriver à un compromis, autre mot inusité dans cette honorable institution, sur ce point crucial.

Le principe de réalité avant l’idéologie 

C’est à cela que se propose d’aboutir « l’initiative de paix israélienne » : normalisation des relations avec tous les pays arabes en échange de la création d’un Etat palestinien dans quasi toute la Cisjordanie, y compris Jérusalem-Est (à l’exception de quelques nouveaux quartiers).

Retour d’un groupe limité de réfugiés palestiniens en Israël et versement de compensations financières aux autres. Et dans la foulée, un accord avec la Syrie : retrait israélien du Golan en échange de garanties sécuritaires régionales et de projets économiques.

Pour qui n’est ni dans le fanatisme nationaliste ni dans le messianisme religieux, l’avenir de l’Etat juif est dans une solution de ce type et nulle part ailleurs : Israël arrêterait de perdre son sang, son âme, son énergie (et son argent) à occuper un territoire dont il n’a aucun besoin.

Il disposerait de frontières sûres et reconnues et cesserait de n’avoir comme perspective qu’une suite ininterrompue de guerres. Et il pourrait, pourquoi pas, tenter de devenir cette « lumière des nations » dont rêvaient les premiers sionistes.

Utopie ? Qui sait ? De Menahem Begin à Ariel Sharon, on a vu bien des hommes politiques israéliens faire passer le principe de réalité avant leurs préconçus idéologiques. Pourquoi Benjamin Netanyahou qui désire, parait-il, laisser l’image d’un homme d’Etat, ne cesserait-il pas, un de ces jours, de geindre qu’il n’a pas de partenaire, pour s’adresser enfin à ceux qui ne demandent qu’à lui parler ?

 

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