Je lis, tu lis, ils écrivent…

J Call, Les raisons d’un appel, LIANA LEVI, 124 p.

Au fond, il n’y a que pour les Juifs de gauche pour qui se pose la question d’une solution au conflit israélo-palestinien. Parmi ceux-ci, deux catégories. Ceux qui y croient encore, ceux qui n’y croient plus tout en l’espérant. Quant aux autres, à droite, la paix n’est pas leur souci. Les Arabes n’aiment pas les Juifs, il en sera toujours ainsi, et seule une politique de force aura raison de l’ennemi. Ce petit livre qui sort aujourd’hui s’inscrit dans une vision à la fois courageuse et volontariste des choses. Il nous redonne un peu d’espoir. Les interventions émanant de Juifs de la Diaspora, souvent des intellectuels de renom comme Alain Finkielkraut ou Bernard-Henri Lévy, s’accordent autour de deux points politiques : le retrait des Territoires et la constitution à terme de deux Etats juxtaposés aux frontières sûres et reconnues, seule solution raisonnable à la paix. Ce combat ne repose pas d’abord, et pas uniquement, sur des principes de morale ni même de justice. Mais sur la volonté de préserver l’Etat juif et démocratique d’Israël. C’est en quoi aussi cet Appel est extrêmement convaincant. Mais quid des colons des Territoires qui, selon toute vraisemblance, n’accepteront jamais de partir. La solution que suggère ici le romancier A.B. Yehoshua, c’est qu’ils s’intègrent au futur Etat palestinien, en optant pour une double nationalité. Autre façon, la plus utopique peut-être, de « se débarrasser du fardeau des territoires », selon l’expression d’Elie Barnavi.

Joseph Czapski, Proust contre la déchéance, éditions Noir sur Blanc, 92 p.

Czapski était au début de la guerre parmi les 15.000 officiers polonais détenus dans un camp soviétique. Il fut un des rares officiers à échapper au massacre de Katyn en 1940. Dans le camp, pour lutter contre la déchéance, chaque officier fait chaque soir, dans un froid glacial, une causerie sur ce qu’il connaît le mieux. Ce peintre parfaitement francophone (il avait vécu à Paris de 1924 à 1933) choisit de parler de l’art et de la littérature française, et notamment de Marcel Proust qu’il avait lu et relu. Ce qui frappe d’abord, c’est l’extrême précision du conférencier dépourvu ici de tout matériel et évidemment des livres mêmes dont il entretient ses camarades. Ses souvenirs des détails les plus émouvants d’A la recherche du temps perdu, commela mort de la grand-mère, il est capable d’en citer presque mot pour mot des passages entiers. Il se livre à des comparaisons fort pertinentes, parfois inattendues. Par exemple avec Pascal, dans leur recherche commune de l’absolu, Dieu pour l’un, l’œuvre pour l’autre. Après la guerre, Czapski revint à Paris, collabora au mensuel polonais Kulturajusqu’à sa mort en 1993. Ce petit ouvrage va au-delà de la simple curiosité. Il constitue une excellente introduction à toute lecture de Proust.

Ghila Sroka, Conversations avec Dany Laferrière, Les éditions de La Parole Métèque, 217 p.

Juive et athée, sioniste de gauche, Ghila Sroka est une femme qui compte au Québec. Intellectuelle engagée dans le débat public, elle a fondé la revue culturelle Tribune juiveet le magazine féministe La Parole métèque. Une femme que le CCLJ ne peut ignorer en raison de ses convictions : elle dirige depuis 2003 l’Institut québécois du judaïsme laïque. Ghila Sroka vient de publier un livre d’entretiens avec l’écrivain canadien d’origine haïtienne, Dany Laferrière. Ce lauréat du prix Médicis 2009 se prête à cet exercice avec une grande liberté de ton. Et ce qui rend ce recueil d’entretiens si précieux, c’est qu’en plus de l’amitié et du respect qui en émaillent les pages, les questions de Ghila Sroka sont non seulement pertinentes, tant sur le plan littéraire que personnel, mais toujours appuyées soit par des passages de l’œuvre de Dany soit par des réflexions de grands auteurs qu’il affectionne particulièrement dont Borges. Un livre pétillant de tendresse et d’intelligence à lire partout, même chez le coiffeur.

  

]]>