Le drame qui vient de se produire à Naplouse montre une fois de plus à quel point le gouvernement israélien joue avec le destin du pays.
C’est une simple phrase issue d’un article paru dans « Israël 7 »*, un site des colons de Cisjordanie : « Des terroristes ont ouvert le feu dans la nuit sur un groupe de fidèles juifs d’une vingtaine d’années, venus prier sur la tombe de Joseph à Shehem, en Samarie ».
Et pourtant, tout le drame d’Israël se retrouve dans ces quelques mots, tant ils montrent à quel point les colons vivent hors de la réalité. Dans leur monde imaginaire, la ville palestinienne de Naplouse, où n’habite pourtant aucun Juif, s’appelle toujours « Shehem », comme aux temps bibliques.
Elle n’est pas située en Cisjordanie mais dans une entité nommée « Samarie » qui a disparu en -722 avant notre ère. De même, pour le drame qui s’y est déroulé le 24 avril et qui a causé la mort de Ben-Joseph Livnat, un colon, membre de la secte hassidique de Bratzlaw, et fait trois autres blessés.
Mais ces « fidèles juifs » ne sont pas seulement « venus prier sur la tombe de Joseph », ils ont surtout violé tant la législation palestinienne que celle d’Israël lui même. Car Naplouse est sous le contrôle total de l’Autorité palestinienne depuis 1995.
Et il existe depuis 2003 un accord permettant aux Juifs de venir y prier en coordination avec les forces de sécurité des deux camps. Mais de tout cela, ces colons se soucient comme d’une guigne. Arabes ou juives, les lois des hommes ne les concernent pas.
Sans en aviser personne, ils sont dont entrés dans la ville puis ont refusé de s’arrêter à un check-point. Après des tirs de sommation, un policier palestinien -et non « des terroristes »- a ouvert le feu. On peut bien sûr se demander si le tir était justifié alors que ces hassidim ne se montraient pas menaçants.
Mais, même chez nous, en Europe, il est toujours risqué de forcer un barrage de police. En Cisjordanie, c’est du suicide. Des deux côtés. Car quelle serait l’espérance de vie d’un Palestinien qui refuserait de s’arrêter à un check-point israélien ? Quelques secondes ? Quelques minutes ?
Et quand il aurait été abattu, le Premier Ministre israélien ne parlerait pas, comme il l’a fait pour Livnat, d’un « crime atroce » et le Ministre de la Défense ne considèrerait pas qu’il s’agit d’un « meurtre de sang-froid ». Tous deux estimeraient que les soldats n’ont fait que leur devoir.
Le monde parallèle des colons
Et c’est bien là le drame. Les dirigeants israéliens actuels sont entrés dans le monde parallèle des colons. Un univers où ne s’appliquent pas les lois de l’Etat qu’ils dirigent. Ni même celles du judaïsme.
Un lieu dont ces mêmes dirigeants savent qu’il n’est qu’une fiction car peu chez les Juifs y croient et nul dans le monde n’en veut. Et pour cette illusion, ce gouvernement semble prêt à tout sacrifier : amis, alliés, diaspora, paix, sécurité et jusqu’à l’Etat lui-même.
Un Etat qui n’a pourtant été bâti ni par ni pour des ultra-nationalistes ou des fanatiques religieux. Ahad Haam (1856-1927) déjà se demandait : « A quoi bon poursuivre l’entreprise sioniste s’il s’agit d’implanter dans un coin d’Orient une nouvelle petite tribu qui rivalisera avec les autre tribus dans le sang versé, la vengeance et la colère ? ».
Pour tous ceux qui aiment Israël, le temps est sans nul doute venu de méditer à nouveau sur cette question. Et d’en tirer les conséquences : un autre gouvernement. Une autre politique. Sans Cisjordanie. Sans tombeau. Sans morts.
* http://www.israel7.com/2011/04/attaque-meurtriere-au-kever-yossef/
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