Oublier d’être bête

Tiens, voilà autre chose : l’Autorité palestinienne (AP) et le Hamas affirment s’être réconciliés. Le gouvernement israélien a pris la nouvelle avec son sang-froid habituel : d’abord on réagit puis on médiatise et ensuite seulement, on réfléchit.

 
Ainsi, les « frères ennemis » palestiniens ont mis fin à leurs divisions. Ils ont décidé de mettre en place un gouvernement provisoire « indépendant », chargé d’organiser de nouvelles élections présidentielles et législatives.Vraie réconciliation ou effet d’annonce ?
 
Il est un peu tôt pour le savoir. Et la plupart des Etats ont reçu l’annonce avec d’autant plus de prudence que toutes les factions palestiniennes n’ont pas encore accepté l’accord.
 
Seuls les sages qui dirigent Israël ont directement fait part au monde de leur sentiment sur la question. A la Défense, Ehoud Barak a prévenu que, contrairement à ce qui se passait jusqu’à présent, semble-t-il, « l’armée et les services de sécurité useront d’une main de fer pour faire face à toute menace et tout défi ».

Avigdor Lieberman, le Kissinger israélien, envisage de retirer à Mahmoud Abbas, le statut de « VIP » qui lui permet de circuler à sa guise en Cisjordanie. La possibilité de le priver de dessert est également envisagée par les Affaires étrangères.

Le Premier ministre a, de son côté, estimé que le Président palestinien devait choisir « entre la paix avec Israël et la paix avec le Hamas ». Un choix difficile : Mahmoud Abbas renoncera-t-il à des négociations bloquées depuis des mois, des conditions israéliennes inacceptables et la poursuite de la colonisation, juste pour réunifier son peuple ?

Comment, en entendant tout cela, ne pas songer à Winston Churchill évoquant le gouvernement britannique de la fin des années 1930 : « On lui demande de se lever, il veut s’asseoir et tout le monde pense qu’il va se coucher ».

En fait, cette attitude n’a rien de nouveau. Encore que personne n’ait cru devoir fêter l’événement, l’actuelle coalition est au pouvoir depuis deux ans (à un mois près : le 31 mars 2009) et a toujours réagi aux crises de la même façon.

Et ce, qu’il s’agisse des relations avec les Etats-Unis, des problèmes avec la Turquie, de  l’exaspération croissante de l’opinion internationale, de son isolement diplomatique, des révoltes arabes ou de l’habilité manœuvrière de l’AP.  

A chaque fois, le leadership israélien n’a rien vu venir, a toujours mal analysé la nouvelle situation et réagi de la façon la plus inadéquate possible. S’il ne s’agissait d’un Etat dont le destin nous est cher, on admirerait presque cette constance dans l’incompétence.

Or, ces derniers temps, regrettablement, l’ennemi oublie de plus en plus souvent d’être bête. Ce gouvernement ne pourrait-il en faire de même, ne serait-ce que de temps en temps ?

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