Chronique d’un désastre annoncé

Les pays arabes bougent. Les Palestiniens évoluent. L’opinion mondiale change, et pas en mieux. Seul,  -oh combien- l’actuel gouvernement israélien reste immobile. Incompétence ? Impuissance ?  Les deux ?

Les Etats sont comme des paquebots : ils prennent beaucoup de temps pour changer de cap mais une fois entamée, cette modification est impossible à arrêter. C’est ce qui arrive à l’Egypte : lentement, elle glisse vers la rupture avec Israël.

Le discours se durcit et les actes suivent. Les accords gaziers doivent être revus avant d’être rompus. La frontière avec la bande de Gaza  va rouvrir, ce qui mettra fin au blocus israélien.  Au Liban, le pouvoir passe doucement aux mains du Hezbollah, allié de l’Iran.

En Syrie, on ignore encore qui sortira vainqueur des affrontements actuels mais la probabilité qu’il soit « bon pour Israël » est infime. Les relations avec la Jordanie sont proches du néant, il n’y plus d’ambassadeur d’Amman à Tel Aviv depuis juillet 2010.

Et demain, 4 mai, sauf coup de théâtre, le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, et le chef en exil du mouvement islamiste Hamas, Khaled Mechaal devraient signer un accord de réconciliation.

Qu’a fait l’actuel gouvernement israélien pour éviter tout cela sinon rien ? De même qu’il ne réagit pas alors qu’une catastrophe diplomatique pour l’Etat juif se prépare pour septembre de cette année.

Une catastrophe pourtant annoncée depuis 2009 et qui n’a cesse de se préciser depuis. Le gouvernement de Mahmoud Abbas et Salam Fayyad demandera à l’ONU de reconnaître officiellement un Etat palestinien

On sait même comment il procédera car il n’y a guère que trois scénarii envisageables. Le premier serait de soumettre une résolution en ce sens au Conseil de sécurité de l’ONU. Mais elle serait probablement bloquée par un véto des Etats-Unis.

Le deuxième pourrait se baser sur la procédure peu connue mais bien réelle dite de « l’unité pour la paix ». Celle-ci, adoptée en 1950 (résolution 377), a été conçue précisément pour que l’ONU puisse agir, même en cas de véto d’une grande puissance.

Elle stipule qu’en cas de menace contre la paix, l’Assemblée générale puisse mettre au vote des procédures destinée à la maintenir ou à la rétablir. L’exemple le plus fameux de son utilisation date de 1956.

110 pays ont déjà reconnu l’Etat de Palestine

Ce furent alors -ô ironie- les Etats-Unis qui l’avaient employé pour contourner les vétos de la France et de la Grande-Bretagne afin d’obliger ces deux pays et Israël à retirer leurs troupes qui avaient envahi l’Egypte.

Et comme 110 des 192 pays membres de l’ONU ont déjà reconnu l’Etat de Palestine, le résultat ne ferait guère de doute. De même pour le dernier scénario: une résolution soumise à l’Assemblée générale, appelant à la reconnaissance de l’Etat palestinien dans les frontières de 1967.

Si, sur le terrain, cela ne modifierait pas la situation, Israël se trouverait dans la situation intenable d’occuper non plus des « territoires », mais un Etat reconnu internationalement. Le dernier à s’y être risqué a été Saddam Hussein lorsqu’il a envahi et annexé le Koweït en 1990…

Et comment le gouvernement actuel réagit-il ? Il annonce une nouvelle « initiative de paix » que le Premier ministre devrait détailler devant le Congrès américain à la fin de ce mois.

Nul doute qu’à cette occasion, Benjamin Netanyahou ne se livre à un exercice dans lequel il est passé maître : comprimer un minimum d’idées dans un maximum de mots. En clair, il jettera avec émotion et générosité des bribes de territoires aux Palestiniens.

Et lorsque ces derniers auront refusé, il hochera la tête avec regret devant tant d’ingratitude. A sa décharge, il ne saurait guère agir autrement. Si, hypothèse improbable, il faisait des propositions sérieuses, son gouvernement tomberait dans la demi-heure.

En attendant, la colonisation de la Cisjordanie et de Jérusalem-Est se poursuit tranquillement. Pour l’instant, tout va donc bien, comme disait l’homme tombé du 50e étage en passant devant le 30e

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