L’information inutile

Information n’est pas connaissance. Le fait que le monde arabe implose, que des crimes odieux y soient quotidiennement commis (de la Libye à la Palestine) n’affecte en rien les positions des antisionistes radicaux. Le silence embarrassé des médias belges autour de l’exécution du pacifiste israélo-palestinien Juliano Mer Khamis (apparemment, les « militants » islamistes n’appréciaient pas ses adaptations théâtrales) est à cet égard symptomatique. Que n’eut-il été assassiné par des extrémistes juifs ! C’est que s’agissant du Moyen-Orient, les certitudes binaires l’emportent toujours sur l’analyse objective. Qu’il agisse conformément au droit international (retrait total du Sinaï, du Liban et de Gaza) ou qu’il pèche par incurie (la poursuite de la colonisation), l’Etat d’Israël s’affirme plus que jamais comme l’objet de la détestation universelle.

Imaginez du peu, je viens d’être invité -comme contradicteur attitré s’entend- au lancement, le 5 mai prochain, aux Facultés universitaires Saint Louis, d’un nouveau comité de boycott d’Israël (BDS). Comme si de rien n’était, de jeunes étudiants belges vont, à partir de mai 2011, consacrer leur rare temps de loisir à boycotter le seul Etat d’Israël, plus que jamais perçu comme le cancer du monde. Or, que démontrent les révoltes des peuples du Proche et Moyen-Orient, sinon que les causes de leur communetragédie n’ont rien à faire du blocage (réel) du processus de paix israélo-palestinien, mais tout à voir avec l’incapacité du monde arabe à penser le pluralisme, politique, ethnique ou encore religieux ? Les révoltes de la rue arabe témoignent avant tout et par-dessus tout du malaise de sociétés totalement bloquées où il n’est bon n’être ni démocrate, ni minoritaire, ni mêmeparfois… majoritaire. Ainsi de la Syrie qui voit une minorité alaouite dominer une majorité sunnite et du Bahreïn, où une majorité chiite se voit privée de ses droits par des potentats sunnites.

Le printemps arabe nous dévoile ainsi, à cru et à chaud, des sociétés toutes acquises, toutes construites, toutes structurées autour de la notion… d’apartheid. L’heure n’est pas de rappeler le sort des Juifs, aujourd’hui totalement évaporés de l’Orient arabe, ni même des chrétiens (en voie d’évaporation et ce, jusqu’à Bethléem) ou des minorités sexuelles, mais de souligner la situation tragique des Kurdes de Syrie, des Sahraouis du Maroc, des Palestiniens du Liban, des Berbères d’Algérie, des Noirs du Soudan, sans oublier celle des millions de travailleurs musulmans, mais non arabes, des différents Etats racialisteset esclavagistesdu Golfe. Ces Etats n’accordent, en effet, d’élémentaires droits de l’homme (mâle, arabe et sunnite) qu’aux seuls 10 à 20% de purs autochtones.

Ainsi va le monde arabe. Ainsi va aussi le monde universitaire qui fait comme si de rien n’était. Israël a beau être le seul Etat pluraliste de la région (le seul pays où la population chrétienne croît !), rien n’y fait. A l’évidence, en effet, ces faits ne semblent pas déranger les certitudes des partisans du boycott d’Israël comme s’il était normal -racisme oblige ?- de toujours pardonner aux Arabes, incapables par nature de démocratie, et -antisémitisme oblige- de toujours accuser les Israéliens, en dignes héritiers des Juifs, des heurs et malheurs du monde.

Ce n’est pas par hasard qu’Umberto Eco tient le boycott d’Israël comme une forme de racisme et Martine Aubry, la secrétaire générale du PS (naturellement) français, comme une manifestation de haine : « Je pense que ceux qui prônent le boycott se trompent de combat : au lieu de porter la paix, ils portent l’intolérance, ils portent la haine ».

Nos étudiants de Saint Louis, comme notre cher Freddy Guidé de Plateforme Palestine-Charleroi, feraient bien de s’en inspirer, au lieu de s’inscrire dans les pas, j’en conviens bien involontairement, des jeunes idéalistes SA, aux premières heures de la révolution nazie.

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